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Alistair - le 17 octobre 2005 (le clochard)


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LE CLOCHARD

Personne ne savait qui il était et d'où il venait. On supposait qu'il avait eu un passé difficile, plein d'ombres et de souffrances secrètes. On était habitué à le voir chaque jour, assis contre un muret, tendant une casquette douteuse pour récolter quelques pièces. Le dimanche, il prenait son vélo pour aller plus vite d'une église à l'autre afin de « faire toutes les sorties de messe». Lorsque chaque battement de porte déversait sur lui les accents solennels des grandes orgues, il ne mettait pas en doute que le moment de la récolte la plus fructueuse de la semaine était venu pour lui!

Il intriguait les habitants de notre petite ville et les supputations allaient bon train. Les gens se posaient mille questions à son sujet. Quand on lui parlait, il répondait laconiquement d'une manière tellement évasive qu'elle était incompréhensible. Ses yeux toujours dans le vague cherchaient, semblait-il, une hypothétique consolation dans un lointain mystérieux dont lui seul connaissait les contours et l'incommensurable tristesse. Il se contentait souvent de hocher la tête comme s'il voulait garder pour lui seul le secret de son passé douloureux. Qu'avait-il fait avant de sombrer dans la précarité et l'alcoolisme? Avait-il eu une famille? Un travail? Était-il originaire de notre ville? Pourquoi s'était-il fixé ici? Qui était-il?

On ne doutait pas de sa détresse actuelle car son énigmatique demi-sourire impliquait de nombreux mystères et des points d'interrogation auxquels chacun essayait d'apporter une réponse sans aucun fondement.

Il y a quelques jours, je marchais sur le trottoir lorsqu'il m'a semblé reconnaître le visage de celui qu'on n'avait plus vu depuis quelque temps; il était assis au soleil sur un banc devant l'entrée de l'hôpital, revêtu de l'éternel pyjama bleu pâle des pauvres dans les hospices. Je le reconnaissais mal. Je n'arrivais pas à savoir si c'était vraiment lui ou quelqu'un qui lui ressemblait. J'étais perplexe. Fallait-il lui sourire? Passer outre? Lui dire quelques mots? Et si ce n'était pas lui? On le reconnaissait difficilement car il était propre, rasé de frais contrairement à l'accoutumée. J'esquissai un sourire et continuai mon chemin d'un pas hésitant lorsque je l'entendis murmurer derrière moi quelques paroles inaudibles qui avaient l'air de m'être adressées. Je revins sur mes pas. Cette fois-ci je le reconnaissais mieux et me sentais plus sûre de moi: « Mais vous êtes là? Vous êtes hospitalisé? Depuis longtemps? » Il me regarda longuement comme s'il voulait tergiverser et chercher quelque faux-fuyant avant de dévoiler son mal. «Regardez», me dit-il brusquement en me montrant une énorme grosseur sur son cou. «Ils» m'ont trouvé un cancer à ce qu'ils disent, et «ils» veulent me garder pour je ne sais combien de temps. Je ne suis pas habitué à vivre entre les quatre murs d'une chambre; j'ai l'impression d'étouffer là-haut; il paraît qu'«ils» veulent me faire une chimiothérapie, mais qu'est-ce que c'est encore ce machin-là?» Je suis restée muette, ne sachant plus ce que je devais dire ou ce que je devais faire. Dans mon indécision, je bredouillai quelques mots: «Je comprends vos interrogations. Est-ce que je peux vous aider en quelque chose?» Un sourire illumina quelques instants sa figure burinée et ravagée par le mal. «Ne vous en faites pas pour moi. Je vais remonter dans ma chambre car «ils» ne doivent pas savoir où me chercher et c'est bientôt six heures, l'heure du dîner.»


Travailler autour du texte:
  1. Qu'est-ce qu'un clochard?
  2. Quelle est l'activité essentielle de ce clochard?
  3. Que lui arrive-t-il?

Soulignez dans ce texte quelques expressions du doute en séparant les éléments grammaticaux et les éléments lexicaux.

Répondez aux questions suivantes:
  1. Croyez-vous que le climat puisse avoir une influence sur le caractère d'une population ?
  2. Etes-vous superstitieux ? Quelles sont vos superstitions ? Quelles sont celles qui vous laissent dans le doute ?

Réponses:
  1. Un clochard est une personne sans travail et sans domicile qui vit de mendicité: sans-logis, vagabond.
  2. Il est mendiant.
  3. Il est tombé malade; il a un cancer.
  1. Sans doute existe-t-il une connexion entre le climat et le caractère d'une population. En général, les gens qui habitent entre 35° et 55° de latitude sont les gens les plus riches du monde. Il y a des exceptions, bien sûr, par exemple, les Islandais. Aux Etats-Unis par exemple, les états du sud sont plus pauvres que les états du nord. En Australie, les états du nord sont plus pauvres que les états du sud.
  2. Je ne suis pas superstitieux. Mais, je pense qu'il y a des connexions entre notre comportement et les choses qui se passent. Mais les connexions ne sont pas simples, et c'est facile de penser qu'il y a des connexions mystérieuses.

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Updated 20 October 2005

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Dernière mise à jour le 20 octobre 2005