upBernard Guetta - le 2 mai 2005 (05)


 

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Est-ce une avancée du modèle économique libéral?

Vous savez, d'abord il faudrait s'entendre sur le sens du mot 'libéral'. Tous les traités européens -ce projet de Constitution comme les autres, mais pas plus que les autres, ni plus ni moins- érigent en principe fondamental de l'Union la concurrence libre et non faussée. Premièrement pourquoi? Parce que nous avons commencé à bâtir l'unité européenne sur l'unité des échanges, la fin des barrières douanières entre nous, la création d'un marché commun. D'un marché commun! Vous vous souvenez qu'au début, la Communauté ça s'appelait le Marché Commun, parce que c'était un marché commun, point à la ligne, au début. Alors, écoutez, en France il ne serait... personne ne considèrerait comme choquant que la loi, ce qui est d'ailleurs le cas, garantisse la concurrence libre et non faussée entre les entreprises du sud, du nord, de l'ouest ou de l'est. Et évidemment que si on crée un marché commun, la loi européenne, à l'époque c'était les Directives, doit garantir entre les différents états parties prenantes à ce marché commun, à ces traités, une concurrence libre et non faussée; ça va de soi. Deuxième point : avons-nous à nous plaindre de cette concurrence libre et non faussée entre les états membres? Certainement pas! L'abaissement des barrières douanières entre les différents états membres a permis au contraire un boum économique, un boum des échanges intra européens absolument colossal et par parenthèses, si nos économies sont aujourd'hui aussi solides -elles pourraient l'être beaucoup plus, il serait souhaitable, mais malgré tout elles sont quand même solides, ce n'est pas le Sael, l'Europe, ni même la misère ou la médiocrité- eh bien si nos économies sont aussi solides c'est en très très large partie grâce à cet abaissement, à cette suppression des barrières douanières entre les états membres. Alors la concurrence libre et non faussée ce n'est pas le libéralisme. Le libéralisme, du moins tel qu'on l'entend aujourd'hui dans les pays anglo-saxons et surtout dans les écoles de pensée libérale, économique libérale, c'est tout autre chose. C'est la profession de foi selon laquelle l'Etat n'est jamais la solution mais toujours le problème, selon laquelle il faut systématiquement réduire jusqu'à le supprimer le rôle économique, c'est-à-dire le rôle d'arbitre de prévisions du long terme de l'état, et c'est l'idée selon laquelle la seule régulation acceptable serait celle du marché. D'où la fameuse main invisible du marché, chère à Adam Smith, le père spirituel de tous les libéraux. Alors, regardons ce projet de Constitution. Qu'est-ce qu'il dit dans un de ses tout premiers articles? Que l'Union européenne est fondée sur le principe de l'économie sociale de marché, c'est-à-dire l'exact opposé de cette loi de la jungle -je polémique, là, mais je le crois profondément- de cette loi de la jungle que prônent les libéraux. Encore une fois, la concurrence libre et non faussée, ce n'est pas le libéralisme. Le libéralisme, c'est tout à fait autre chose, et imaginons un instant que au lieu de dire "l'Union européenne est fondée sur l'économie sociale de marché", le projet de Constitution dise "l'Union européenne est fondée sur la loi de la jungle", on verrait la différence.

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Updated 5 May  2005

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Dernière mise à jour le 5 mai 2005