upFrançoise - 1er décembre 2004 (SIDA)


 

la lecture de francoise

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Elle teste un vaccin contre le SIDA

Nom : Robin. Prénom : Gwénaël. 37 ans. Trois enfants, de 6, 7 et 10 ans. Profession : animatrice de maison de retraite, actuellement au chômage**. Signe particulier : volontaire pour tester un vaccin préventif contre le sida. Et du même coup***, pour témoigner**** de l'expérience auprès du public le plus large. Pas pour se faire mousser*****. Elle ne veut surtout pas être « remerciée », « starifiée ******». Mais imitée, « ça oui ». « Pas de problème pour une photo, j'accepte. Je suis tellement banale******* que ça prouvera que tout le monde peut faire ce que je fais... », a-t-elle prévenu au téléphone, au moment de convenir d'un rendez-vous.
*un animateur / une animatrice organise des activités de loisirs.
**au chômage: sans emploi
***et en même temps
****raconter l'expérience
*****se faire mousser: avoir l'air important
******starifiée: être considérée comme une star
*******banal / banale: ordinaire

Dans sa maison d'un lotissement* de Plouguin, près de Brest, cette fille de profs aux cheveux en bataille**, et à l'énergie pas si banale, se découvre un peu plus. Sans doute qu'une fibre militante*** vibre en elle depuis toujours, concède-t-elle. Étudiante, elle donnait de son temps aux Restos du Coeur, ensuite ça a été aux Paralysés de France. « Quoi, il faudrait attendre d'avoir des grands-parents en maison de retraite pour y travailler ?  Attendre d'avoir eu un accident de voiture pour offrir son sang, ou un enfant myopathe pour donner au Téléthon**** ? »
*un lotissement: un groupement de maisons neuves
**les cheveux en bataille: mal coiffée
***une fibre militante: un côté socialiste
****le téléthon: une entreprise de charité qui récupère de l'argent dans une émission de télé

C'est une émission de France Inter qui l'a fait entrer dans le réseau de volontaires de l'Association nationale de lutte contre le sida, il y a deux ans. « Au détour d'une interview, une dame toute simple, viticultrice* dans le Sud-Ouest, a dit en faire partie. Avec une telle** humilité que** ça m'est resté dans l'oreille. Quelques jours plus tard, en entendant un appel de l'ANRS, je me suis dit 'J'y vais puisque je corresponds aux critères'. »
*un viticulteur / une viticultrice: qui cultive des vignes pour faire du vin
**telle... que: si grande... que

Les critères ? « Avoir plus de 18 ans et moins de 50, être en bonne santé et disponible. J'étais en congé parental... » Elle en parle aux enfants, à son compagnon de l'époque, qui s'incline devant sa décision*, et elle remplit son dossier d'inscription. A la ligne motivation, cette simple phrase : « Ça me semble naturel. » Convoquée à deux reprises au CHU de Nantes, elle y subit des examens** médicaux et psychologiques complets. « Prises de sang, analyses, questions sur mes antécédents familiaux et d'autres, extrêmement personnelles, sur ma sexualité, mon comportement à l'égard de la drogue, des homos... » Des questions, elle en a posé à son tour. Battante***, mais « pas totalement neuneu**** non plus ! On ne s'engage pas à recevoir un vaccin sans se renseigner sur les risques et les contraintes que ça implique : pas de grossesse, des rapports protégés, beaucoup de déplacements, d'analyses, de prélèvements... de fatigue aussi. »
*s'incliner devant une décision: accepter cette décision
**subir des examens: passer des examens de santé
***: battante: courageuse
****neuneu: c'est familier pour dire 'un peu fou', 'un peu folle'

Gwénaël Robin a su seulement cette année qu'elle était retenue*, avec trente-trois autres femmes, pour des essais de vaccin préventif étalés** sur quatorze mois. Le 'Vac 14', nom du protocole dans lequel elle est engagée, comporte trois injections de copies de particules du virus synthétisées chimiquement, et donc inoffensives. « Des leurres***, en quelque sorte ». But : évaluer la tolérance de l'organisme et la capacité des muqueuses à se défendre contre le VIH. Dans le groupe dans lequel elle est tombée, les injections, ou plutôt pulvérisations, sont vaginales. « Le gros lot**** pour une pudique*****. » Qui a néanmoins accepté, « sachant****** qu'à tout moment et sans avoir à le justifier, je pouvais me désister ».
*retenue: ici, sélectionnée
**étalés: programmés
***un leurre : un faux
****le gros lot: le maximum
*****pudique: discret / discrète sur la sexualité
******sachant: participe présent de 'savoir' (knowing)

« Vous n'avez personnellement aucun bénéfice à attendre, le seul intérêt de cette étude est scientifique », précise le document de quatre pages qu'elle a signé à sa première visite, à l'hôpital Tenon, à Paris. Depuis, elle s'y est rendue deux fois par mois pendant les trois premiers mois de l'étude, puis une fois par mois. Maintenant, c'est tous les deux mois. Mais il y a aussi ce 'carnet de surveillance' sur lequel elle doit noter matin et soir, à la maison, sa température, « le moindre* Doliprane avalé pour un mal de tête, le moindre collyre ». Une carte en anglais et en français ne quitte pas son sac. « Elle comporte des numéros de téléphone de médecins joignables 24 heures sur 24 et précise que ma 'pseudo-séropositivité' est liée à ma participation à un essai vaccinal. » Des effets secondaires ? « On m'avait parlé de fièvre, de boutons possibles. Une chance, je n'en ai pas. »
*le moindre: le pus petit

Pour la bénévole, chaque voyage à Paris signifie « lever 3 h, départ de Brest 4 h 53. Dans le TGV, je dors. A Paris-Montparnasse, je chope* le journal 20 minutes, je prends le métro, j'arrive à Tenon, je demande un flacon* pour la première analyse d'urine... et j'attends. » Parce que les infirmiers, la gyné*** aussi, sont bénévoles. « J'attends avec un gros bouquin*** (rires). C'est à ça qu'on reconnaît un volontaire... » Entre deux rendez-vous, mêlée à des malades, elle apprend, pourtant, à ne pas dire qu'elle ne l'est pas, « pour ne pas les gêner. Ce sont eux qu'il faut admirer, eux qui ont à se battre, à lutter contre les moments de désespoir. Comme les chercheurs ».
*choper (c'est de l'argot): attraper
**un flacon : une petite bouteille
**la gyné: la gynécologue
***un bouquin: un livre

La dernière visite de Gwénaël Robin aura lieu demain. Puis en janvier, viendra un premier récapitulatif de l'étude à laquelle elle a participé... Le vaccin, elle ne le voit pas trouvé* avant 2010, l'espère tellement, pourtant. Surtout pour les pays du tiers-monde, « qui n'ont pas les moyens de se payer de trithérapies. Ça aussi, ça fait partie de mes motivations. Et puis il y a une part d'égoïsme dans tout ça, avoue encore la volontaire, d'un ton bravache**. Ça va faire un grand vide de ne plus voir aussi régulièrement les autres, maintenant. Certaines sont devenues des copines***. Quantifier les apports de cette expérience, sur une échelle de 1 à 10 ? Je ne pourrais pas, ça tend vers l'infini... »
*elle ne le voit pas trouvé: elle ne pense pas qu'il sera trouvé
**bravache: plus brave que en réalité, brave, courageux en apparence mais en réalité très affecté.
*** les femmes qu'elle rencontre dans ce protocole, celle qui portent un faux virus comme elles et aussi celles qui ont le SIDA


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Updated 02 December  04.

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Dernière mise a jour le 2 decembre 2004