upFrançoise - le 6 janvier 2005 (MsF)


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Jean-Hervé Bradol, président de Médecins sans frontières.

Pourquoi suspendre la collecte des dons* à MSF pour l'aide d'urgence à destination des victimes du raz-de-marée** en Asie ?
*un don : ce qu'on donne (a gift)
**un raz-de-marée: une énorme vague

Nous avons sur place, au Sri Lanka et à Sumatra, des gens qui connaissent bien ces pays. Ils ont réagi très vite. Dès le week-end dernier, nous avions déjà collecté 40 millions d'euros pour tout le mouvement international. Il faut savoir, à titre de comparaison, que la Chine, par exemple, a promis 60 millions d'euros. Or*, nous, quand nous demandons de l'argent pour les victimes du tsunami, nous n'ajoutons pas une clause en petits caractères pour préciser que les sommes collectées pourront être réaffectées à une autre cause. Nous garantissons à nos donateurs que nous utilisons bien l'argent à ce pour quoi ils l'ont donné. Nous avons un deuxième engagement : celui de mettre nous-mêmes en œuvre les secours** avec cet argent. Nous contrôlons sa bonne utilisation. C'est un souci d'honnêteté.
*or:mais
**mettre en oeuvre: installer, établir

D'autres organisations font valoir qu'elles n'interviennent pas seulement en urgence, mais qu'elles font aussi de la reconstruction...

Alors il faut le dire aux gens ! Car si c'est pour reconstruire des bâtiments administratifs, par exemple, eh bien, moi, je ne trouve pas ça très logique. Dans l'ambiance actuelle, je n'ai pas l'impression que ce soit* un choix fait consciemment par les donateurs.
*je n'ai pas le sentiment que ce soit...

Voyez-vous un risque dans cette situation ?

Nous sommes financés à 85 % en France, et à 80 % à l'international, par des donateurs privés individuels. Nous sommes une exception dans notre milieu. Mais nous parvenons à l'être parce que nous avons des politiques strictes. Nous ne voulons pas perdre cela. Nous préférons nous exposer à des critiques plutôt que de devoir expliquer aux donateurs, dans quelques mois, que nous ne sommes pas capables de tenir nos engagements. Visiblement, ça déclenche* une polémique. J'en conclus que** l'honnêteté pose problème. Ma peur, c'est que si l'on prend l'habitude d'abuser de*** l'émotion dans ces événements-là, la base permanente de notre soutien va disparaître.
*déclencher: provoquer
**conclure quelque chose de (from) quelque chose: exprimer une conclusion

En plus, dans les catastrophes naturelles, il y a beaucoup d'idées fausses : non, les populations touchées ne sont pas incapables de réaction ; non, ce ne sont pas les secours venus de l'étranger qui sauvent les gens en danger immédiat - 80 % des personnes sauvées dans les catastrophes naturelles le sont par des proches, des voisins ; non, les cadavres, dans ces catastrophes, ne transmettent pas d'épidémies.

A quoi doit maintenant servir en priorité l'aide internationale ?

Elle va être très importante pour permettre aux gens de retrouver une maison, une source de revenus* dans l'immédiate post-urgence. Mais ce n'est pas cette aide venue de l'étranger qui sauve les gens coincés sous un éboulis** ou en train de se noyer***. Certaines grandes catastrophes provoquent des états d'agitation psychologique collectifs qui font perdre la réalité de vue. Et j'ai l'impression que la semaine dernière il y avait un peu de cela. Il faut maintenant retomber les pieds sur terre, construire le travail précisément, remettre de la réalité dans la situation.
*une source de revenu: un travail, un moyen de gagner sa vie
**un éboulis: quelque chose qui s'écroule, qui tombe
***se noyer: mourir dans l'eau


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Updated 6 January  2005.

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Dernière mise à jour le 6 janvier 2005