upFrançoise - le 9 janvier 2005 (parure)


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LA PARURE
(une parure: un bijou)
C'était une de ces jolies et charmantes filles, nées, comme par une erreur du destin, dans une famille d'employés. Elle n'avait pas de dot*, pas d'espérance, aucun moyen d'être connue, comprise, aimée, épousée par un homme riche et distingué ; et elle se laissa marier avec un petit commis** du ministère de l'Instruction publique.
Elle fut simple ne pouvant être parée
***, mais malheureusement comme une déclassée, car les femmes n'ont point de caste ni de race, leur beauté, leur grâce et leur charme leur servant de naissance et de famille. Leur finesse native, leur instinct d'élégance, leur souplesse d'esprit, sont leur seule hiérarchie, et font des filles du peuple les égales des plus grandes dames.
*la dot: l'argent qu'on donne aux filles quand elles se marient
**un commis: un employé
***être parée: être richement habillée

Elle souffrait sans cesse, se sentant née pour toutes les délicatesses et tous les luxes. Elle souffrait de la pauvreté de son logement, de la misère des murs, de l'usure* des sièges, de la laideur** des étoffes***. Toutes ces choses,dont une autre femme de sa caste ne se serait même pas aperçue, la torturaient et l'indignaient.
*une usure, l'usure: ce qui est usé abîmé par le temps et l'usage.
**la laideur: ce qui est laid, pas beau
***une étoffe: un tissu

La vue de la petite Bretonne qui faisait son humble* ménage éveillait en elle des regrets désolés et des rêves éperdus**. Elle songeait aux antichambres muettes, capitonnées avec des tentures orientales, éclairées par de hautes torchères*** de bronze, et aux deux grands valets en culotte courte qui dorment dans les larges fauteuils, assoupis**** par la chaleur lourde du calorifère.
*humble: modeste, pauvre
**éperdu: sans mesure, fou
***une torchère: une lampe fixée au mur, avec autrefois de vraies torches, de vraies flammes.
****assoupis: endormis

Elle songeait aux grands salons vêtus* de soie ancienne, aux meubles fins portant des bibelots** inestimables, et aux petits salons coquets***, parfumés, faits pour la causerie de cinq heures avec les amis les plus intimes, les homme connus et recherchés dont toutes les femmes envient**** et désirent l'attention.
*vêtus: revêtus, recouverts (verbe 'vêtir')
**un bibelot: un petit objet
***coquet / coquette: bien mis, élégant
***envier: ici, avoir envie de, désirer

Quand elle s'asseyait, pour dîner, devant la table ronde couverte d'une nappe de trois jours* en face de son mari qui découvrait la soupière en déclarant d'un air enchanté : " Ah ! le bon pot-au-feu ! je ne sais rien de meilleur que cela..." elle songeait** aux dîners fins, aux argenteries reluisantes***, aux tapisseries peuplant les murailles de personnages anciens et d'oiseaux étranges au milieu d'une forêt de féerie ; elle songeait aux plats exquis**** servis en des vaisselles merveilleuses, aux galanteries***** chuchotées et écoutées avec un sourire de sphinx, tout en mangeant la chair rose d'une truite ou des ailes de gélinotte.
*une nappe qu'on n'avait pas changé depuis 3 jours
**songer à: penser à
***reluisantes: brillantes
****exquis: délicieux
*****des galanteries: des paroles de séduction (chuchoter: parler à voix basse)

Elle n'avait pas de toilettes,pas de bijoux,rien. Et elle n'aimait que cela ; elle se sentait faite pour cela. Elle eût* tant désiré plaire, être enviée, être séduisante et recherchée.
Elle avait une amie riche, une camarade de couvent
** qu'elle ne voulait plus aller voir, tant elle souffrait en revenant. Et elle pleurait pendant des jours entiers, de chagrin, de regret, de désespoir et de détresse.
Or, un soir, son mari rentra, l'air glorieux, et tenant à la main une large enveloppe.
"Tiens, dit-il, voici quelque chose pour toi."
Elle déchira
*** vivement le papier et en tira une carte imprimée qui portait ces mots :
" Le ministre de l'Instruction publique et Mme Georges Ramponneau prient
**** M. et Mme Loisel de leur faire honneur de venir passer la soirée à l'hôtel du ministère, le lundi 18 janvier."
*c'est comme 'elle aurait'. C'est le conditionnel passé deuxième forme que l'on n'utilise plus beaucoup aujourd'hui. Aujourd'hui on utilise le conditionnel passé première forme : elle aurait désiré.
**un couvent: un établissement religieux pour éduquer les filles.
***déchirer: ouvrir sans précaution
****prier:ici, demander
 


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Updated 9 January  2005.

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Dernière mise à jour le 9 janvier 2005