upFrançoise - le 11 novembre 2004 (Poilu_b)


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« Aujourd'hui, je fais des mots croisés...  en allemand »

Ferdinand Gilson, 106 ans, incorporé en 1917

 

IL EST L'UN des 15 derniers poilus encore en vie aujourd'hui.  Agé de 106 ans, Ferdinand Gilson est donc une vedette dans son petit village des Choux, dans le Loiret, où on lui rendra hommage aujourd'hui.  Elus, enfants des écoles fêteront le doyen de la commune et leur héros qui a connu trois siècles et a traversé l'histoire de France. 

« Quand je suis parti à la guerre, ma mère m'a dit : Il faut faire ton devoir, tout ton devoir, mais pas plus que ton devoir ».  Une formation de mécanicien en poche, il est incorporé en avril 1917.  Il est ensuite appelé au front.  Il n'a que 19 ans et les pieds plats.  Artilleur, il se sert du fameux canon de 75.  C'est en mai 1918 qu'il reçoit le baptême du feu en Belgique.  «J'avais une très bonne vue et une ouïe extraordinaire.  Au moindre coup, j'entendais pan ! Pan ! et je disais c'est pour ma gueule.  Je me couchais le premier...  D'ailleurs jamais un officier ne m'a reproché de me coucher.  Eux, ils étaient debout ! » .

« J'ai été gazé, je vomissais tripes et boyaux » Celui que l'on surnomme le morpion à cause de ses 60 kg se retrouve comme brancardier sur le mont Kummel puis sur le front de l'Aisne et de la Somme.  « Nous ramassions les armes et les morts.  J'étais payé 12 francs par fusil.  Avec ça, l'adjudant nous achetait des douceurs.  » En avril 1918, il est gazé.  « Lors d'un bombardement, alors que je cherchais à me protéger, je me suis réfugié dans un trou.  J'ai été gazé, je vomissais tripes et boyaux, mais j'ai réussi à sauver ma peau.  » Il y perd cependant un poumon.  « On tenait à coup de pinard.  Certains buvaient jusqu'à 9 litres par jour...  » La Grande Guerre ne va pas l'épargner.  Ferdinand sera gazé une seconde fois.  Admis à l'école militaire de Fontainebleau pour y devenir officier, c'est là qu'il apprend l'armistice.  « Mais j'ai attrapé une mauvaise grippe qui m'a fait perdre 14 kg.  » Trop diminué, sa carrière militaire s'arrête là.  En 1939, âgé alors de 42 ans, il est jugé trop vieux pour endosser l'uniforme.  La guerre encore dans sa vie.  « Dès le début, j'ai senti monter le nazisme.  Vous savez, j'ai lu Mein Kampf et je n'ai jamais pu admettre le martyre des Juifs.  » Il est finalement arrêté par la Gestapo.  Relâché, il s'enrôle dans la Résistance.  Avec sa femme, il parvient à cacher des aviateurs...  Un héros ordinaire.  A la Libération - ironie du sort - un Allemand lui tire dessus.  « Il semblait loucher.  Je pense que c'est grâce à cela que je suis encore en vie...  » Après la guerre, il deviendra conseiller municipal puis adjoint au maire d'une petite commune de l'Eure et attendra jusqu'en 1996 pour recevoir la Légion d'honneur.  « Celle-là, je ne l'ai pas volée ! » lance-t-il en la serrant très fort.  Commentaire : « La guerre est le fruit empoisonné de la sottise et de la méchanceté réunies.  » L'esprit vif, doté d'une mémoire étonnante, Ferdinand Gilson coule aujourd'hui des jours paisibles auprès de Suzanne sa « jeune » femme âgée de 85 ans.  Toujours alerte.  Et surprenant.  « Je fais des mots croisés en allemand pour parfaire la langue...  » Européen convaincu, il se dit favorable à l'entrée de la Turquie dans l'Europe.  « Il ne doit plus y avoir de frontières.  Je suis d'accord avec Jacques Chirac qui s'est opposé à la guerre en Irak et je me réjouis lorsque la France et l'Allemagne ne font qu'un lors d'un sommet européen.  »

 


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Updated 14 November 04.

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Dernière mise à jour le 14 novembre 2004.