upAlistair - le 16 janvier 2005 (unipop)


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Aujourd'hui, trois universités populaires, à Lyon, Arras et Narbonne, fonctionnent sur le modèle de celle de Caen. De quoi s'agit-il exactement ?

La culture est confisquée
* par ceux qui ont intérêt à la garder pour eux. Elle est dans des ghettos et circule de manière ésotérique. J'aspire à** changer cela. Et ce, d'autant plus que la lepénisation*** des esprits n'est pas une formule vaine, comme l'a montré le résultat des élections en 2002. Avec quelques amis, nous avons donc voulu entamer une reconquête des idées, à notre mesure, en créant l'Université populaire de Caen. On y enseigne des savoirs alternatifs - art contemporain, atelier de philosophie pour enfants, féminisme, hédonisme, cinéma ou encore jazz - ou bien des savoirs classiques - psychanalyse, politique, épistémologie - mais de manière alternative.

*gardée exclusivement
**j'ai envie de
***sur le modèle de Le Pen, d'extrême droite

C'est une université parce qu'on y délivre un contenu réel. Elle est populaire parce qu'on s'efforce de le rendre compréhensible au plus grand nombre et que chaque heure de cours est suivie d'une heure de débat. Qui plus est, l'enseignement y est totalement gratuit. Il est ouvert à qui veut, ne nécessite aucune inscription. Il est sans obligation, ni sanction.

Les premières universités populaires datent de la fin du XIXe siècle. Elles avaient totalement disparu. Pourquoi ?

Elles datent de l'affaire Dreyfus. Georges Deherme, un ouvrier libertaire, partant du principe que l'antisémitisme procédait d'un manque d'informations et de réflexions, a voulu faire se rencontrer les intellectuels et la classe ouvrière, selon l'expression de l'époque. Bergson, Alain ou Péguy l'ont suivi dans cette aventure. Elle a duré de 1898 à 1914, et s'est éteinte avec la première guerre mondiale. Elle s'est soldée par
* un échec, car il ne suffit pas de demander à un ouvrier d'assister à une leçon de philosophie sur Platon, sans lui en montrer l'utilité pour son édification personnelle. A la fin, on y donnait des cours d'hygiène, on y enseignait à lutter contre l'alcoolisme...
*elle a eu comme résultat

Le public est-il au rendez-vous ?

Incontestablement. Plus de 600 personnes assistent à mes cours chaque semaine. Et ce public échappe à toute sociologie. Il y a des ouvriers comme des cadres hyperspécialisés. Des retraités, des coiffeuses, des femmes au foyer. Il y a un pilote d'Air France qui programme ses vols en fonction de ses cours, des infirmières qui ont changé leurs services pour pouvoir venir le mardi, d'anciens ouvriers licenciés de Renault Véhicules industriels.

Pensez-vous que votre démarche aurait sa place au sein des
* universités traditionnelles ?

Oui. Mais, manifestement, aucune d'elles n'a tenté de mettre en place ce genre d'initiative. Et quand Nicole Lequerler, la présidente de l'université de Caen, emballée par notre projet, a décidé, en 2002, de nous prêter un amphithéâtre, elle a dû évidemment affronter l'hostilité de certains professeurs.
*dans les
 
Pourquoi une telle réticence* du monde universitaire ?
*résistance
Ils trouvent sans doute inadmissible que quelqu'un qui n'est pas du sérail** passe à la télévision, écrive dans les journaux, publie régulièrement, s'adresse à un autre public que le public captif des étudiants venus chercher des diplômes à monnayer, déplace du monde, et puisse être accueilli même dans les murs de l'université ! Et puis le principe du bénévolat*** - à l'université populaire, les professeurs ne sont pas payés, ils sont juste défrayés**** - n'est sans doute pas du goût des professeurs d'université...

**qui n'est pas formé comme eux, qui ne fait pas parite du clan (ici du clan des universitaires)
***du volontariat
****on rembourse les dépenses, les frais de transport par exemple, ou d'hôtel et de restaurant.

Vous avez été longtemps professeur de philosophie. Cette expérience sert-elle dans votre pratique de l'université populaire ?

Non. J'ai toujours eu le désir d'être abordable pour le plus grand nombre. Ce n'est pas l'éducation nationale qui m'a appris cela. C'est d'ailleurs pour cela qu'après ma thèse j'ai refusé de rejoindre l'université et choisi de rester en lycée technique. Dans ma famille - mon père était ouvrier agricole, ma mère femme de ménage -, le langage sert d'abord à communiquer, pas à se distinguer.

Et, au bout de vingt ans, en 2002, j'en ai eu marre
*. Marre de l'inspection** qui ne veut pas entendre parler de ce que sont concrètement les possibilités d'un élève, marre des petites perversions de l'administration et de la police du lycée, marre de corriger des copies inadaptées aux capacités des élèves, marre de bricoler*** dans l'incurable****. J'ai démissionné pour créer l'Université populaire de Caen. Grand bien m'en a pris*****.
*j'en ai eu assez
**l'inspection officielle des fonctionnaires qui contrôlent les professeurs
***faire du travail d'amateur, pas du travail très sérieux
****ce qu'on ne peut pas changer, ce qui est impossible à faire bien fonctionner
*****j'ai bien fait

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Updated 16 January  2005.

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Dernière mise à jour le 16 janvier 2005