Francoise 27 juin 2004 (Carmen)



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Voici le texte français, et le texte anglais.  (J’ai traduit le texte).

 

« Changeons de vie, Carmen, lui dis-je d'un ton suppliant. Allons vivre quelque part où nous ne serons jamais séparés. Tu sais que nous avons, pas loin d'ici, sous un chêne, cent vingt onces enterrées.... Puis, nous avons des fonds encore chez le juif Ben-Joseph. »
Elle se mit à sourire, et me dit :
« Moi d'abord, toi ensuite ; je sais que cela doit arriver ainsi.
Réfléchis, repris-je; je suis au bout de ma patience et de mon courage; prends ton parti ou je prendrai le mien. »
Je la quittai et j'allai me promener du côté de l'ermitage. Je trouvai l'ermite qui priait. J'attendis que sa prière fût finie; j'aurais bien voulu prier, mais je ne pouvais pas. Quand il se releva, j'allai à lui.
« Mon père, lui dis-je, voulez-vous prier pour quelqu'un qui est en grand péril?
Je prie pour tous les affligés, dit-il.
Pouvez-vous dire une messe pour une âme qui va peut-être paraître devant son Créateur?
Oui, » répondit-il en me regardant fixement.
Et, comme il y avait dans mon air quelque chose d'étrange, il voulut me faire parler :
« Il me semble que je vous ai vu, » dit-il.
Je mis une piastre sur son banc.
« Quand direz-vous la messe? lui demandai-je.
Dans une demi-heure. Le fils de l'aubergiste de là-bas va venir la servir. Dites-moi, jeune homme, n'avez-vous pas quelque chose sur la conscience qui vous tourmente? Voulez-vous écouter les conseils d'un chrétien? »
Je me sentais près de pleurer. Je lui dis que je reviendrais, et je me sauvai. J'allai me coucher sur l'herbe jusqu'à ce que j'entendisse la cloche. Alors je m'approchai, mais je restai en dehors de la chapelle. Quand la messe fut dite, je retournai à la venta. J'espérais que Carmen se serait enfuie; elle aurait pu prendre mon cheval et se sauver... mais je la retrouvai. Elle ne voulait pas qu'on pût dire que je lui avais fait peur. Pendant mon absence, elle avait défait l'ourlet de sa robe pour en retirer le plomb. Maintenant, elle était devant une table, regardant dans une terrine pleine d'eau le plomb qu'elle avait fait fondre, et qu'elle venait d'y jeter. Elle était si occupée de sa magie qu'elle ne s'aperçut pas d'abord de mon retour. Tantôt elle prenait un morceau de plomb et le tournait de tous les côtés d'un air triste, tantôt elle chantait quelqu'une de ces chansons magiques où elles invoquent Marie Padilla, qui fut, dit-on, la Bari Crallisa, ou la grande reine des Bohémiens :
« Carmen, lui dis-je, voulez-vous venir avec moi? »
Elle se leva, jeta sa sébile, et mit sa mantille sur sa tête comme prête à partir. On m'amena mon cheval, elle monta en croupe et nous nous éloignâmes.
« Ainsi, lui dis-je, ma Carmen, après un bout de chemin, tu veux bien me suivre, n'est-ce pas?
Je te suis à la mort, oui, mais je ne vivrai plus avec toi. »
Nous étions dans une gorge solitaire; j'arrêtai mon cheval.
« Est-ce ici? » dit-elle.
Et d'un bond elle fut à terre. Elle ôta sa mantille, la jeta à ses pieds et se tint immobile un poing sur la hanche, me regardant fixement.
« Tu veux me tuer, je le vois bien, dit-elle; c'est écrit, mais tu ne me feras pas céder.
Je t'en prie, lui dis-je, sois raisonnable. Écoute-moi! tout le passé est oublié. Pourtant, tu le sais, c'est toi qui m'as perdu; c'est pour toi que je suis devenu un voleur et un meurtrier. Carmen! ma Carmen! laisse-moi te sauver et me sauver avec toi.
José, répondit-elle, tu me demandes l'impossible. Je ne t'aime plus; toi, tu m'aimes encore, et c'est pour cela que tu veux me tuer. Je pourrais bien encore te faire quelque mensonge; mais je ne veux pas m'en donner la peine. Tout est fini entre nous. Comme mon rom, tu as le droit de tuer ta romi, mais Carmen sera toujours libre. Calli elle est née, calli elle mourra. »
Je me jetai à ses pieds, je lui pris les mains; je les arrosai de mes larmes. Je lui rappelai tous les moments de bonheur que nous avions passés ensemble. Je lui offris de rester brigand pour lui plaire. Tout, monsieur, tout; je lui offris tout, pourvu qu’elle voulût m'aimer encore!
Elle me dit :
« T'aimer encore, c'est impossible. Vivre avec toi, je ne le veux pas. »
La fureur me possédait. Je tirai mon couteau. J'aurais voulu qu'elle eût peur et me demandât grâce, mais cette femme était un démon.
« Pour la dernière fois, m'écriai-je, veux-tu rester avec moi!
Non! non! non! » dit-elle en frappant du pied.
Et elle tira de son doigt une bague que je lui avais donnée et la jeta dans les broussailles.
Je la frappai deux fois. C'était le couteau du Borgne que j'avais pris, ayant cassé le mien. Elle tomba au second coup sans crier. Je crois encore voir son grand œil noir me regarder fixement; puis il devint trouble et se ferma. Je restai anéanti une bonne heure devant ce cadavre. Puis, je me rappelai que Carmen m'avait dit souvent qu'elle aimerait à être enterrée dans un bois. Je lui creusai une fosse avec mon couteau et je l'y déposai. Je cherchai longtemps sa bague et je la trouvai à la fin. Je la mis dans la fosse auprès d'elle avec une petite croix. Peut-être ai-je eu tort. Ensuite je montai sur mon cheval, je galopai jusqu'à Cordoue, et au premier corps de garde je me fis connaître. J'ai dit que j'avais tué Carmen; mais je n'ai pas voulu dire où était son corps. L'ermite était un saint homme. Il a prié pour elle! Il a dit une messe pour son âme .... Pauvre enfant! Ce sont les Calé qui sont coupables pour l'avoir élevée ainsi. »

 

Let us change our life, Carmen, I said to her in begging tone.  Let us live somewhere where we will never be separate. You know that we have, not far from here, under an oak, a hundred and twenty ounces buried....Then, we still have funds at the Ben-Joseph Jew.
She started to smile, and says to me: 
Me first, then you; I know that we must arrive thus. 
Considering,
I began again; I am at the end of my patience and of my courage; take your part or I will take mine.
I left it and I went to walk on the side of the hermitage.  I found the hermit in prayer.  I waited until his prayer was finished; I would have agreed to pray, but I could not.  When it was over, I went to him. 
Father, I said to him, Will you to pray for somebody who is in great danger?
I pray for all afflicted, he said. 
Can you say a mass for a heart which perhaps will meet its maker?
Yes, he answered and looked at me fixedly. 
And, as there was in the air something strange, he wanted me to speak: 
It seems to me that I have seen you, he said. 

I put one piastre on his bench. 
When will you say the mass?  I asked him. 
In half an hour.  The son of the landlord from over there will come to deliver it.  Tell me, young man, do not have you something on your conscience which torments you?  Do you want to listen to the council of a Christian?
I felt close tears. I said to him that I would return, and I ran away on my own.  I went to lie down on grass until I heard the bell.  Then I approached, but I remained apart from the vault.  When the mass was said, I turned over to was windy.  I hoped that Carmen would have fled; she could have taken my horse and to run away herself… but I found her.  It did not want that one could say that I had frightened her.  During my absence, she had let down the hem on her dress to withdraw the lead from it.  Now, she was in front of a table, looking in a pot full of water where the lead had been dissolved, and which it there had just thrown.  She was so occupied with her magic which she did not realize initially of my return.  Sometimes she took a piece of lead and turned it on all the sides with a sad air, sometimes she sang some one of these magic songs where they call upon Marie Padilla, who was, they say, Bari Crallisa, or the large queen of the gypsies. 
Carmen, I said to her, Will you come with me?
She rose, threw her wooden bowl, and put her mantille on her head as if ready to leave.  I brought my horse, got into the saddle and we moved away. 
So, I said to her, my Carmen, after a bit of a walk, you want to follow me well, is that not so
I am with you till death, yes, but I will not live any more with you.
We were in a solitary gorge; I stopped my horse. 
Is this the place?  She said.
And with a jump she was with ground.  She removed her mantille, threw it to her feet and stood motionless a fist on her hip, looking at me fixedly. 
You want to kill me, I see it well, she said; it is written, but you will not make me yield
I am asking, I said to her, I would be reasonable.  Listen to me!  All the past is forgotten.  However, you know it is you who lost me; it is for you that I became a robber and a murderer.  Carmen!  My Carmen!  Let me run away myself or we run away together. 
José
, she answered, You ask the impossible of me.  I do not love you any more; you, you still like me, and it is for that, that you want to kill me.  I could still make you some lie well; but I do not want to give me the sorrow of it.  All is finished between us.  Like my Romi, you have the right to kill your Romi, but Carmen will be always free.  Calli was born, Calli will die.
I jumped up to my feet, I took her hands; I sprinkled them with my tears.  I pointed out every moment of happiness to her which we had passed together.  It offered to her to remain a brigand.  All, Sir, all; I offered all to her, provided that she wanted to still love me! 
She said to me: 
To still love you is impossible. To live with you, I do not want to.
The fury had me.  I drew my knife.  I would have liked that she were afraid and asked me grace, but this woman was a demon. 
For the last time, I exclaimed, I want you to remain with me! 
No! No! No! She said stamping her foot. 
And she took from her finger a ring that I had given her and threw it in the undergrowth. 
I struck her twice. It was the knife of one-eyed which I had taken, having broken mine. She fell to the second blow without shouting.  I still believe to see his large black eye looking at me fixedly; then it became turbid and closed.  I remained destroyed a good hour in front of this corpse.  Then, I remembered that Carmen had often said to me that she would like to be buried in a wood.  I dug a pit with my knife for her and I deposited her there.  I sought a long time her ring and I found it at the end.  I put it in the pit near her with a small cross. Perhaps I was wrong. Then I went up on my horse, I galloped to Cordoue, and to the first bodyguard I made myself known.  I said that I had killed Carmen; but I did not want to say where her body was.  The hermit was a holy man.  He prayed for her!  He said a mass for her soul.... Poor child!  They are Calé who are guilty to have raised her thus.


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Updated 30 June 2004

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Mis au 30 juin 2004