upFrancoise - le 30 novembre 2006 (tu et vous)


la lecture de francoise

La sempiternelle question du tutoiement et du vouvoiement...

On se tutoie? Faut voir...par Henri Haget

Institutionnalisé par la Révolution, revendiqué par les soixante-huitards, le tutoiement a refait surface dans les start-up. Mais est-il compatible avec une société en quête de respect?

Au chapitre des exceptions culturelles, voilà un domaine où nous n'avons rien à craindre. Sur un ton d'ethnologue, le Herald Tribune annonçait récemment à ses lecteurs qu'il valait mieux jeter l'éponge[1]. «Avec un brin de[2] talent et beaucoup de persévérance, vous pouvez apprendre à nouer[3] votre foulard à la façon d'une authentique Parisienne ou à mâchonner[4] la première gorgée d'un grand cru comme le font si étrangement les Français. Mais jamais, non jamais, vous ne parviendrez à maîtriser l'usage du “tu” et du “vous” dans la conversation.» Et pourquoi donc? «Parce que les Français eux-mêmes s'y perdent.»

Les cravates ont sauté[5] plus facilement que les verrous sociaux. Concrètement, rien n'a changé, la tentation d'un «tu» est due à l'usage immodéré des prénoms dans la société actuelle. Mais on ne passe pas sans risque du “vous” au “tu”. Lorsqu'on tutoie, on ne peut plus revenir en arrière.»

Le sujet est donc plus compliqué qu'il n'y paraît. L'usage du «tu» et du «vous» règle notre univers relationnel: de l'égalité à la domination, de l'intimité à la trivialité, de la fraternité à l'exclusion. Et la Révolution française n'y a rien changé. A l'époque, on impose le tutoiement et l'appellation «citoyen» par décret. C'est une date: le seul exemple dans l'Histoire où une disposition législative intervient dans la dialectique du «tu» et du «vous». «Un bide[6] complet, précise le linguiste Jacques Cellard, car le “tu” est aussi bien une marque de mépris que de reconnaissance...» On en est toujours là. «Dans une société, l'emploi généralisé du tutoiement a toujours imposé une forme de fascisme, qu'il soit de droite ou de gauche», conclut Cellard.

1968 marque le début des années «tu». On tutoie les flics, on tutoie les profs, on tutoie les vieux. En réfutant l'usage du “vous”, la société française avait l'impression de bannir l'autorité et les institutions.»  Mais aujourd'hui, les Français veulent qu'on les respecte, et aussi qu'on les protège. Dans la conversation, l'usage du “vous” est redevenu une barrière sécurisante.»

{1} abandonner le combat, comme à la boxe, sur un ring

{2} un peu de

{3} faire un noeud à..., attacher

{4} faire le mouvement de manger

{5} ont été supprimées

{6} un échec


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Updated January 2, 2007

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Dernière mise à jour le 2 janvier 2007