upJulie - le 3 mai 2005 (antibiotiques)


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Haro sur les antibiotiques (contre)

par Vincent Olivier

Les Français consomment trop de ces médicaments. Mais en mobilisant patients et médecins, on peut arriver à changer les comportements

Champions du monde! Oui, les Français sont champions du monde. De consommation d'antibiotiques! Champions également pour le taux de résistance à ces médicaments - mais ceci explique cela. Aujourd'hui, en effet, 30% des germes dits «à pneumocoques» sont devenus résistants et 15% d'entre eux présentent une sensibilité amoindrie à la pénicilline. Soit, au total, près d'un germe sur deux, quand la Belgique ne dépasse pas les 15%, le Royaume-Uni 7% et l'Allemagne 4% à peine. Cherchez l'erreur.

La faute à qui? Selon les médecins, la pression viendrait de la famille, excessivement inquiète et demandeuse de pilules en tout genre. De leur côté, les parents incriminent (accusent) la crèche, qui exigerait une ordonnance avant de réintégrer l'enfant. Quant à la crèche, elle invoque, elle, la nécessité d'éviter que les tout-petits se contaminent les uns les autres. Résultat: 80 millions de traitements prescrits chaque année et, en dix ans, une consommation multipliée par deux chez les enfants, selon le Dr Pierre Dellamonica, chef de service d'infectiologie au CHU (Centre hôspitalier) de Nice. Au point que, à eux seuls, les moins de 6 ans représentent un quart de la consommation totale d'antibiotiques en France! Dans la majorité des cas, ces traitements sont parfaitement inutiles, puisque la plupart des rhumes et autres maux de gorge sont d'origine virale et que les antibiotiques combattent les microbes, pas les virus!

Bref, à entendre les uns et les autres, ce serait la faute à tout le monde. Autant dire à personne. L'assurance-maladie, elle, a pensé le contraire. Depuis deux ans, elle a donc décidé de faire évoluer les mentalités. Toutes les mentalités. Premier temps: on lance une campagne de communication grand public sur le thème «Les antibiotiques, c'est pas automatique». Et ça marche: les Français ne sont plus «que» 24% à penser qu'ils sont efficaces pour soigner les angines, contre 42% auparavant. Deuxième temps: on multiplie tables rondes et entretiens avec médecins et responsables de crèches. Avec succès là encore, puisque 60% des praticiens disent que leur attitude a évolué. Troisième temps: on met à disposition des pédiatres et des généralistes des tests de détection rapide (à partir d'un prélèvement dans la gorge du patient) qui permettent, en quelques minutes, de vérifier si l'angine est d'origine virale ou non. Et, donc, de proposer un traitement adapté. Résultat: une baisse nette (- 10%) de la consommation d'antibiotiques dès l'année 2003. Une baisse qui, mieux encore, s'est confirmée durant l'hiver dernier, selon les chiffres que la Cnam rendra publics le 19 octobre. Preuve que les comportements peuvent changer. Si l'on s'en donne les moyens.

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Updated 3 May 05.

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Dernière mise à jour le 3 mai 2005.