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Articles de La Guinguette - 2002 - octobre - société


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Comment la télévision devient un outil du pouvoir

How television became a tool of power

L'un des sujets du film, c'est en tout cas les nouvelles formes que prend la censure dans les grands médias et notamment à la télévision et ça, c'est quelque chose qui m'intéressait depuis longtemps. Ce sont des thèmes aussi qu'avait abordés Pierre Bourdieu, le sociologue, ou des journalistes critiques comme Serge Halimi, ou en Amérique du nord Noam Chomsky, le linguiste, et en France, en tout cas en matière de films ou de documentaires ou de reportages, rarement ou jamais on n'avait abordé ces questions-là. Et, ça me semblait important que le public puisse en prendre connaissance par le biais d'un film. Il y a des nouvelles formes de censure qui se mettent en place dans les grands médias qui consistent à inviter des intellectuels dissidents mais en ne leur donnant pas la possibilité de développer correctement leurs analyses et je voulais que dans un film on puisse discuter ces questions-là.

One of the subjects of the film in any case, the new forms that censure takes in the major forms of media and notably on television, and that is something which has been of interest to me for a long time. These are also themes which have concerned Pierre Bourdien, the sociologist and commentators on contemporary affairs such as Serge Halini, or in North America Noam Chomsky the linguist, and in France, in any case film subjects or documentaries or media reports have rarely or never addressed these questions. And it seemed important to me that the audience be able to recognise bias in a film. There are new forms of censure which have been created in the major forms of media which consist of inviting dissident thinkers but not giving them the chance to really develop their analyses and I wanted in the film to discuss these questions.

Le metteur en scène Pierre Carles parle de son dernier film Enfin Pris. Intelligent et provocateur, ce film pose des questions profondes sur la télévision aujourd'hui. Pourquoi est-ce qu'on a toujours ce sentiment de complicité entre les journalistes de la télévision et les idées reçues? Est-ce que leur rigueur autoproclamée pour les détails ne sert pas à masquer les vrais mécanismes de pouvoir, selon lesquels les idées qui menacent ne peuvent pas trouver leur place dans des espaces restreints ni dans des débats animés par des présentateurs qui transmettent les préjugés inhérents à leur propre position dans la société. L'explication des idées nouvelles est plus complexe qu'un appel au consensus établi.

The film director Pierre Carles talks about his last film 'Enfin Pris!'. Clever and provocative, this film asks profound questions about television today. Why do we always have this feeling of complicity between television journalists and the ideas received? Does their self appointed objectivity for the facts not serve to hide the true mechanisms of power? Addressing those ideas, which pose a threat, which cannot find a place in restricted media space, nor in debates chaired by presenters who transmit their own prejudices derived from their own position in society. The explanation of new ideas is more complex than an appeal to the established consensus.

Carles explore ces thèmes à travers le parcours de Daniel Schneidermann, un journaliste de la télévision française beaucoup vu sur TV5 dans l'émission 'Arrêt sur images'. Avec une fine touche satirique, Pierre Carles montre comment son ancien collaborateur, Schneidermann en l'occurrence, a commencé sa carrière comme critique acerbe du monde du pouvoir pour finir par le rejoindre.

Carles explores these themes following the path of Daniel Schneidermann, a French television journalist much seen on TV5 [1] in the program 'Arret sur Images'. With a fine satirical touch, Pierre Carles shows how his former collaborator, Schneidermann in this case, started his career as a keen critic of the world of power and in the end joined it.

On vit dans une société où il est très difficile de ne pas retourner sa veste, où il est très difficile de ne pas faire de concessions, de compromis, où il n'est pas difficile, ou il est très difficile... d'abandonner ses idéaux de jeunesse, ses emballements de jeunesse, voilà, donc... Pourquoi, parce que... il y a deux choses: il y a d'abord les gens qui accèdent au pouvoir, à certaines formes de pouvoir comme c'est le cas du journaliste vedette, Daniel Schneidermann, qui apparaît dans mon film. A partir du moment où vous rentrez dans le système télévisuel, où vous êtes présentateur vedette, vous avez des avantages liés à cette fonction, vous gagnez beaucoup d'argent, vous êtes connu, on vous commande des livres, vous devenez juré de prix littéraires, ou président de prix littéraires comme c'est le cas de Daniel Schneidermann, vous ne voulez plus perdre ensuite ces avantages. Vous voulez les conserver donc vous êtes prêt à tout pour les conserver, et à tout, ça veut dire y compris à vous asseoir sur vos convictions, à vous asseoir sur vos discours passés ou vos attitudes passées avant que vous ne fassiez de la télévision. Donc, ça, c'est une chose, mais après, je crois qu'on est tous concernés par cela, c'est-à-dire, on est dans une société où on peut difficilement ne pas se montrer hypocrites, ne pas tenir un double langage, ne pas jouer les chauves-souris, comme le dit le psychanalyste, c'est-à-dire présenter des aspects à certaines personnes et d'autres à d'autres en fonction de nos intérêts.

We live in a world where it is very difficult, where it is very difficult not to be a turncoat, where it is very difficult not to make concessions, compromises, where it is not difficult, where it is difficult... to abandon the ideas of your youth, your youthful convictions, you see, so... why? Because... there are two things: there is right away, the people who get access to power, to some forms of power such as the case with the star journalist Daniel Schneidermann, who appears in my film. Starting from there you are entering into the television system where you are a star presenter, you have privileges linked to this job, you earn a lot of money, you are well known, people order your books, you become a panel member for literary prizes or the chairman for literary prizes as is the case for Daniel Schneidermann, then you don't want to lose these privileges any more. You want to keep them, so you are ready at any price to keep them, and then, that means compromising on them, squashing your convictions denying your speeches from the past, or you attitudes in the past, what you have done on television in the past. So, that's one thing but afterwards I think that they are concerned about that, that is, we are in a society where you can only with difficulty unmask hypocrites, unmask double talk, not play bats as the psychoanalyst would say, that is present aspects of some people and others to others depending on our interests.

Je crois que à la fois c'est un comportement conscient et puis c'est aussi un comportement inconscient. Je crois que c'est un mélange de tout cela. Pourquoi? Enfin, moi, j'ai pas de réponse à cela. Moi j'ai pas de réponse. Je constate. Moi je me contente de constater, de livrer des éléments factuels, des documents d'archives qui montrent que à une époque on se comportait d'une certaine manière avec les patrons de médias en étant très critique à leur égard comme l'était Daniel Schneidermann avec Serge July, le patron du journal Libération et que quinze ans plus tard, on se couche devant Jean-Marie Messier, le patron de Vivendi quand on l'accueille dans son émission et on lui cire les pompes et on se montre très complaisant à son égard. Voilà, après, pourquoi? Quelles sont les mécanismes, tout ça... J'apporte quelques éléments, enfin, d'explication ou de tentatives d'explications, mais est-ce que ce sont les bonnes, je ne sais pas.

I think that at the same time there is conscious behaviour and then there is also unconscious behaviour. I think that there is a mixture of all that. Why? In the end, personally I do not have an answer to that. I notice. Personally I am happy to take note, to deliver factual elements, documents from the records which show that at one time that they used to behave in certain ways with the bosses of the media, being very critical in their views, as was Daniel Schneidermann with Serge July, the boss of the newspaper Liberation [2] and fifteen years later he is keeling over [3] before Jean-Marie Messier, the boss of Vivendi [4] when he welcomes him in his program and he's licking his boots [5] and he's showing himself very complacent in his views. There you are, after all, why? What are the mechanisms in all that... I bring some ideas, in the end, or explanations, or attempts at explanation, but are they good ones? I don't know.

Son style est loin de la lourdeur qu'on peut craindre sur ce sujet. Des montages astucieux et surtout la candeur et la lucidité des idées rendent le film hilarant.

His style is far from the weightiness you may fear on this subject. Some smart clippings and especially the frankness and clarity of ideas make the film hilarious.

Je crois que quand on on fait un film, c'est quelque chose de très égoïste, hein... On a d'abord envie de se faire plaisir. Moi, mon plaisir il passe par cela, par le fait de faire des films comme ça, c'est-à-dire en racontant des choses relativement sérieuses de manière ludique ou en tout cas en ne s'interdisant pas de le faire de cette manière-là. Donc, il y a des... je sais pas, il peut y avoir une certaine dimension burlesque dans mon travail comme dans le film 'Enfin pris!'. Voilà, moi, c'est ce que je revendique en tant que que réalisateur, le droit de pouvoir... de ne pas forcément parler des choses graves de manière sentencieuse, pénible.

I think that when I'm making a film, it is something very egotistic, eh... First of all I really want to do it for my own pleasure. Personally, my sense of humour is like that, by the fact of making films like that, that is telling about things relatively serious in a playful way or in any case in not preventing myself from doing it in that way. So, there are... I don't know, there can be a somewhat comic dimension in my work as in the film 'Enfin Pris!'. There you are, that's me. I claim, as the director, the right of the power... not necessarily to talk of serous things in a solemn, laboured way.

Mais si les journalistes de la Guinguette ont bien rigolé, dans les grands journaux on trouve tout ça pas drôle du tout! Certaines des critiques d'Enfin Pris ont été tellement mauvaises qu'il est franchement difficile de croire à la bonne foi des rédacteurs.

But if the journalists of La Guinguette have been amused, in the broadsheets we find that it is not funny at all. Some of the reviews of 'Enfin Pris!' have been really bad and it is frankly difficult to believe in the good motives of the editors.

C'est plutôt de l'autoprotection de leur part. C'est pas qu'ils ont pas compris, c'est qu'ils veulent pas que l'on sache. Si Le Monde dénigre le film, bon, ça s'explique parfaitement: Daniel Schneidermann, le personnage principal du film, il est journaliste au Monde, par ailleurs, en plus d'être animateur et présentateur de l'émission Arrêt sur Image, il est journaliste au Monde. Donc, c'est à peu près normal que Le Monde protège son employé, protège et ne le dénigre pas, et ne dise pas ce qu'il y a dans le film pour que les gens aillent se faire eux-mêmes leur propre opinion et ressortent plutôt du film en se disant, 'Oui, ce type-là n'est pas celui que l'on croyait', parce que ça rejaillirait sur Le Monde, le fait de l'employer. On se dirait que Le Monde est peut-être aussi un journal qui nous trompe. Ca s'explique aussi dans les autres grands journaux. Je crois que si Libération a ignoré la sortie du film, c'est parce que Serge July est l'exemple parfait du retournement de veste, et on veut pas le rappeler.

It is rather self protection on their part. It is not that they have not understood, it is that they don't want us to know. If Le Monde [6] denigrates the film, well that speaks for itself perfectly. Daniel Schneidermann, the main person in the film, is a journalist at Le Monde, besides also being the chairman and presenter of the program 'Arret sur Images', he is a journalist at Le Monde. So it only natural that Le Monde protects its employee, protects and does not denigrate him and does not say what there is in the film so that people go to form their own opinion, and rather coming out of the film saying 'Yes, that guy is not what I thought he was, because that would reflect badly on Le Monde, the fact of employing him. They would say to themselves, that Le Monde is perhaps also a newspaper which deceives us. That is the explanation for the other broadsheets too. I think that if Liberation ignored the release of the movie, it is because Serge July is the perfect example of a turncoat, and they do not want to remind you of him.

On pourrait en parler pour tout un tas d'autres journaux. Enfin, je pense que le film touche juste et donc une manière de l'attaquer, c'est de l'ignorer ou d'en parler négativement et là-dessus, on a été servis, mais c'est relativement normal. Enfin, il n'y a rien d'imprévisible là-dedans.

We could talk about it for a whole pile of newspapers. In the end, I think that the film touches the truth and so one way of attacking it is to ignore it or of talking about it negatively and beyond that we have been served, but that is relatively normal. In the end, there is nothing unforeseen there.

Fortifié par une réaction beaucoup plus chaleureuse dans les cinémas eux-mêmes, Carles s'est déjà lancé dans son prochain projet: le refus du travail dans nos sociétés.

Encouraged by a much warmer reaction in the cinemas themselves, Carles has already started on his next project: the refusal to work in our society.

Oui, il y a un film en chantier qui est un documentaire autour de la question du refus du travail et où on se pose des questions, on se demande pourquoi des gens, notamment des jeunes gens, notamment des... les jeunes générations, il y a parmi ces gens-là des positions de refus du travail. On ne veut plus aller travailler. On ne veut plus aller occuper certains emplois. On veut plus aller perdre notre vie à la gagner dans des boulots précaires et ces gens-là sont jamais, ou rarement, représentés ou entendus dans les grands médias. Donc on s'intéresse à cette question qui est relativement tabou, me semble-t-il en France, à savoir que il y a un refus du travail par une part de la population qui est minoritaire mais qui est de plus en plus importante, et si ces gens-là refusent de travailler, refusent d'aller occuper ces emplois, c'est parce que les emplois qui sont créés aujourd'hui sont des emplois qui sont pas forcément très épanouissants pour les individus. Et on se pose quelques questions sur... On essaie d'aborder ce thème-là et c'est un film qui est à nouveau un film de contre-information dans la mesure où ce sujet-là est relativement tabou.

Yes, there is a film in the works which is a documentary based on the question of the refusal to work and in which we ask ourselves some questions, we ask why some people, notably young people, notably... the young generation, there is among these people opinions on refusal to work. They don't want to work any more. The don't want some jobs any more. They don't want to go wasting their life earning a living in insecure jobs and these people are never, or rarely, represented or heard in the major media. So we are interested in this question which is relatively taboo, it seems to me in France, knowing that there is a refusal to work by a part of the population which is a minority but which is more and more important and if these people refuse to go to take up these jobs, it is because the jobs which are created today are jobs which are not obviously very fulfilling for the individuals. So we ask some questions on... We try to tackle that theme and it is a film which is innovative, a film of counter information in so far as this subject is relatively taboo.

$Id: 2002_10_soc_fr.htm 17 2010-04-03 11:44:00Z alistair $

[1] TV5 is an French language international television channel widely available throughout the world by cable, satellite and digital distribution. There is also a domestic television channel in France called France 5. The two are quite different.

 

[2] Liberation is a left of centre daily newspaper founded by Jean-Paul Sartre in the 1970s to counter the right of centre views of the established broadsheets at that time.

 

[3] Se coucher means to go to bed, but also has a nautical sense meaning to capsize.

 

[4] Jean-Marie Messier and Vivendi - at the time of this article, Jean-Marie Messier was the controversial CEO of Vivendi, one of France's largest companies.

 

[5] Cire les pompes is literally to wax the pumps (ballet shoes); the equivalent expression is to lick the boots.

 

[6] Le Monde is the principal broadsheet of influence in France rather like The Times in the UK or The New York Times in the US.

 

[7] Enfin Pris! - The move is available on DVD on web sites such as www.amazon.fr.

 

$Id: 2002_10_soc.htm 4 2010-02-03 20:03:32Z alistair $


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Updated Sunday 16th May 2010

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