up

Articles de La Guinguette - 2004 - octobre - actualité


Chercher les traductions
Articles de La Guinguette - Articles à traduire
Index (php)
Index (htm)
Statistiques (php)
Statistiques (htm)
Année
Catégorie actualité culture société
Mois
Présentation seul côte à côte
^^ article ^^ << paragraphe précédent (01) paragraphe suivant (03)>>

La lutte contre la pauvreté

The fight against poverty.

Le président de la République Jacques Chirac a fait la une des journaux ces derniers temps pour ses plaidoyers en faveur d'une taxe mondiale qui permettrait de lutter contre la faim.

The President of the Republic, Jacques Chirac made headlines recently with his speech in favour of a world tax which would enable fighting hunger.

L'idée serait de taxer les transactions boursières par exemple, ce qui génèrerait de l'argent pour aider les pays en voie de développement.

The idea would be to tax stock exchange transactions for example and that would generate cash to help the developing countries.

Certains ont accusé le président de démagogie, vu le peu de chance qu'il y aurait qu'une telle mesure soit adoptée dans les pays libéraux. D'autres mettent en question l'aide aux pays sous-développés comme solution dans la lutte contre la pauvreté et se méfient de la mise en place d'une organisation mondiale censée récolter cet argent.

Some have accused the President of courting popularity in view of the slim chance that there would be such a measure adopted in the countries of the west. Others question help to the under developed countries as a solution in the fight against poverty and caution the creation of a world organisation authorized to collect this money.

Tandis que d'autres ont salué le courage du président de faire face à la 'pensée unique' de l'économie libérale et un sondage fait par le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement a montré que quatre Français sur cinq soutenaient son initiative.

Meanwhile others have welcomed the courage of the President for addressing the "One Thought" of the liberal economy and a poll taken by the Catholic Committee against Hunger and for Development (CCFD) showed that four French people in every five supported his initiative.

Qu'en penser alors? Pour élucider le débat nous sommes allés rencontrer Jacques Matthys du CCFD. Voici son analyse:

What should we make of it then? To learn about the debate we went to meet Jacques Matthys of the CCFD. Here is his analysis:

Notre organisation est plutôt positive, enfin a une réaction positive vis-à-vis de cette démarche du Président Chirac. Cette idée de taxe, basée sur des choses qu'il faut préciser, parce que le président Chirac s'est pas exprimé clairement là-dessus, est une idée qui remonte à une vingtaine d'années puisque un économiste américain qui s'appelle Tobin avait proposé ce qu'on appelle la taxe Tobin. Donc j'ai un peu l'impression que le président Chirac reprend un peu cette idée. Et cette taxe Tobin, nous, nous étions plutôt, enfin nous sommes toujours favorables et donc on est plutôt favorables à ce que le président Chirac peut proposer. Mais la proposition de monsieur Chirac, à notre avis, n'est pas suffisante en elle-même. Ce qu'on voudrait dire c'est que c'est bien que les gens qui souffrent de la pauvreté ou de la faim dans le monde aujourd'hui aient une aide extérieure. Nous, ce qui nous paraît tout aussi important c'est aussi que ces gens-là puissent s'en sortir par eux-mêmes, quoi.

Our organisation is rather positive, at least a positive reaction to the stance of President Chirac. The idea of a tax based on things which can be well defined, because President Chirac has explained that clearly above, is an idea which has resurfaced from some 20 years ago, when an American economist called Tobin proposed what we call the Tobin tax. So I have the impression that President Chirac has taken up this ideas again. And this Tobin tax, we, we were rather, and now we are still in favour and so we are rather in favour of what President Chirac proposed. But the proposal of Mr Chirac, in our opinion, is not sufficient in itself. What we want to say is that it is fine that the people who suffer from poverty or hunger in the world today have help from elsewhere. Our position, what appears to us also as important is that these people can get themselves out of it by themselves, in a nutshell.

Alors, je crois qu'il faut ramener ça à tout le phénomène de ce qui s'appelle le financement du développement, dont la base est constituée par le fait que huit cent quinze ou huit cent vingt millions de personnes aujourd'hui souffrent de malnutrition, par le fait que plus d'un milliard d'invidus aujourd'hui dans le monde vit avec un moins d'un dollar par jour, que... bon, je vais pas citer toutes les statistiques possibles et imaginables dans ce domaine. Le financement du développement peut passer par cette taxe, mais il passe aussi par tout ce qui est remise de la dette, passe aussi par tout ce qui est aide publique au développement, passe aussi par tout ce qui est intégration des pays pauvres dans le commerce mondial. Aujourd'hui ou demain va être lancée tout à fait officiellement une campagne qui s'appelle «L'Europe plume l'Afrique», et cette campagne veut expliquer à l'opinion publique européenne ou occidentale la chose suivante: dans nos pays riches, nous mangeons de plus en plus ce qui s'appellent les blancs de poulet ou les blancs de dinde. Et que deviennent les cuisses, les croupions, les ailes? Tous ces abats ont deux destinations. La première c'est de faire de... enfin d'être transformés en poudre pour la nourriture des animaux, et la deuxième c'est d'être congelés et d'être envoyés dans les pays africains. Alors, ça pose deux problèmes: le premier c'est que... -qui est un problème purement de sécurité alimentaire- c'est que vous imaginez dans quel état arrivent ces ailes ou ces croupions de poulet ou de dinde, au fin fond de la brousse en Côte d'Ivoire ou au Mali ou dans des pays de ce type-là, et la deuxième c'est que ces produits sont vendus à des prix tels qu'ils cassent complètement le prix des poulets ou des dindes élevés sur place. Donc ça pose un problème de fond, c'est-à-dire que nous sommes en train, en exportant des abats que nous ne nous voulons pas consommer ici en France, nous sommes en train de ... de casser complètement l'agriculture locale.

So, I believe that we must take from all this business that is called financing development which is based on the fact that eight hundred and fifteen or eight hundred and twenty million people today suffer from malnutrition by the fact that more than a billion people in the world today live on less than one dollar per day, that... well, I am not going to cite all the possible and imaginable statistics in this area. Financing development can come about with this tax, but it can also come about by cancelling debt, it can come about by public aid for development, it can come about by the integration of the poor countries into world trade. Today or tomorrow there will be the official launch of a campaign called "Europe fleecing Africa" and this campaign intends to explain to European, or western, public opinion the following thing: in our rich countries we are eating more and more what we call the chicken breasts and the turkey breasts. And what happens to the thighs, the parson's noses, the wings? All the giblets have two destinations. The first is to make... in the end to be made into powder for animal feed, and the second is to be frozen and sent to African countries. So that poses two problems: the first is that... which is a problem purely of food hygiene - it is that you can imagine in what state these wings or bits of chicken or turkey arrive at the back of beyond in Ivory Coast or Mali or one of these countries and the second is that these products are sold at such a price that they undercut completely the price of chickens or turkeys raised locally. So that poses a fundamental problem, that is to say that when we are busy exporting the bits that we do not want to use here in France, we are busy breaking local agriculture completely.

La position du CCFD s'enracine dans le mouvement de l'Église catholique:

The position of the CCFD is taking root in the body of the Catholic Church.

Eh bien, le mouvement 'doctrine sociale de l'Eglise' dit que nous sommes tous égaux et que la terre appartient à tous. Et à partir de ce moment-là, nous, on constate que dans le monde actuel que le fameux phénomène de mondialisation, sur lequel on n'est pas contre, mais tel qu'il est vécu aujourd'hui, nous, ça nous satisfait pas. Ca nous satisfait pas parce que cette mondialisation telle qu'elle est vécue aujourd'hui laisse beaucoup de pays à l'écart: l'Afrique en particulier, mais un certain nombre de pays d'Asie du Sud, du Sud-est, d'Asie du Sud et du Sud-est, un certain nombre de pays de l'Est aujourd'hui, d'Europe de l'Est, sont laissés à l'écart. Alors, ce que nous combattons c'est tout ce qui est libéralisme à tout crin, parce qu'on pense que le libéralisme, vu par nos dirigeants occidentaux va bien dans un sens, mais ne va pas bien dans un autre. Je m'explique: on prône le libéralisme à tout crin dans tous les domaines, mais quand il s'agit du monde de l'agriculture, par exemple, on est étonnés que nos paysans aient des aides à l'exportation, et ces aides à l'exportation font que, ben, les pays du Sud et les pays de l'Est ne peuvent pas soutenir la concurrence telle qu'ils ont actuellement, alors, c'est vrai des poulets, qui est un exemple anecdotique... enfin anecdotique? Qui n'est pas si anecdotique que ça... mais sur des grands marchés je pense au problème du coton, je pense au problème du riz, je pense au problème du café... aujourd'hui la concurrence -et le libéralisme- fait en sorte que des pays du Sud ne peuvent plus s'en sortir parce que... parce que les prix imposés par un certain nombre d'organismes sont en dessous des prix de revient que ces pays-là peuvent produire. Aujourd'hui le phénomène de la dette est un autre phénomène qui est important pour ces pays-là, des organismes comme le FMI, comme la banque mondiale, obligent ces pays-là à ouvrir leurs frontières à un certain nombre de produits qui viennent des pays de l'ouest, de nos pays riches, obligent ces gens-là à avoir une culture plutôt intensive c'est-à-dire qu'on oblige ces gens-là à rembourser leurs dettes en dollar, etc., donc on les oblige à faire une certaine exportation, et pour exporter, eh bien, ils sont obligés d'avoir des cultures à grande échelle tout à fait au détriment des cultures locales. Et nous, on réagit contre ça parce qu'on est persuadés que cela contribue aujourd'hui à la pauvreté d'un certain nombre de gens, et à la pauvreté d'un certain nombre de pays qui ne peuvent pas s'en sortir.

Well, the movement called "social teaching of the Church" tells us that we are all equal and that the earth belongs to all of us. So starting from that, we notice that in today's world that the famous phenomenon of globalisation which no one is against, but, such as it is today, it does not satisfy us. It does not satisfy us because this globalisation such as it exists today leaves some places out of things: Africa in particular, but a good number of places in South Asia, in the South East, South Asia and South East Asia, and some places of the east today in Eastern Europe are left out of things. So what we are fighting is diehard liberalism because we think that liberalism, as seen by our western managers, works well in one direction but does not work well in the other. Let me explain myself: we preach a gospel of diehard liberalism about everything, but when it is about the world of agriculture for example, we are surprised that our farmers have help with exports, and this help for exports means that the countries of the south and countries of the east cannot compete as things stand, so that is true for chickens which is an interesting example... Why interesting? It is not as interesting as all that but in some big markets , I am thinking of the problem of cotton, I am thinking of the problem of rice, I am thinking of the problem of coffee... today competition - and liberalism- - see to it that some countries of the south cannot any longer get themselves out because... because the prices which are imposed by some international organisations are below the prices at which these countries can produce. Today the phenomenon of debt is another phenomenon which is important for these countries, some organisations like the IMF [1], like The World Bank, force these countries to open their borders to a good number of products which come from western countries, from our rich countries, force the people over there to have a rather intensive agriculture, that is to say that they force these people to repay their debts in dollars etc. so they force them to make some exports to export, well, they are forced to have large scale agriculture absolutely to the detriment of local agriculture. And we, we are reacting against that because we are convinced that this contributes to poverty today for a good number of people, and to the poverty of a good number of countries which cannot get out of it.

Mais si la redistribution de l'argent par la voie d'un impôt ne constitue pas en soi-même une solution miracle à la pauvreté, M. Matthys soutient l'initiative politique que la proposition incarne:

But if the redistribution of money by means of a tax is not in itself a miracle solution to poverty, M Matthys supports the political initiative which the proposal embodies:

Moi je crois qu'il y a des éléments positifs, quand même, aujourd'hui dans ce que le président Chirac... ou d'autres pays ... Aujourd'hui il y a un peu une concurrence qui est plutôt saine, je dirais, pour ces pays-là entre par exemple le président Chirac qui propose cette taxe, et puis les Anglais qui proposent... qui ont proposé aussi récemment pour répondre un peu à ce que Chirac proposait... qui ont proposé une remise importante de dettes de certains pays. Alors, ça c'est plutôt positif, pour ces pays-là. Il y a des éléments positifs: vous connaissez, je ne sais pas, la Déclaration du millénaire, qui a eu lieu en 2000, sur laquelle plus d'une centaine de pays -le chiffre, je crois est de 145 ou 147- se sont engagés à ce que la pauvreté diminue de moitié d'ici 2015.

Personally, I think that there are positive parts all the same, today in what President Chirac... or other countries... Today there is a little, a competition which is rather healthy, I would say, for these countries between for example President Chirac proposed this text and then the English who propose... who have proposed also recently to respond a bit to what Chirac was proposing.... who proposed an important tax amnesty for some countries. So that is rather positive for these countries. There are positive parts: you know, I don't know if you do, the Millennium Declaration which took place in 2000 in which more than some one hundred countries, the figure, I think it is about 145 or 147, committed themselves that poverty reduce by half between now and 2015.

Bon, je veux dire, ça c'est plutôt un élément positif, il y a une prise de conscience de ce côté-là. L'élément négatif, c'est que aujourd'hui malgré ces bons engagements on se rend compte qu'on n'est pas sur une ligne 2015 mais on est plutôt sur une ligne 2060-2070 pour réduire cette pauvreté et que donc il faut qu'il y ait une prise de conscience de tous nos gouvernants, de tous nos pays, j'allais dire presque de toutes les ONG, pour que cet objectif de réduire la pauvreté de moitié, puis, je dirais, d'éradiquer complètement la pauvreté, puisse être atteint dans un délai raisonnable.

Well, I want to say that it is a rather positive aspect; there is a prick of conscience on that side. The negative aspect is that today in spite of good efforts we can see that it is not an track for 2015 but it is rather on track for 2060-2070 to reduce this poverty so that has to be a prick of conscience of all our governments, in all countries, I was going to say almost all of the NGO [2] so that this objective of reducing poverty by half, then, I would say, of eradicating poverty completely can be achieved in a reasonable time.

Alors, je bascule entre les éléments positifs et négatifs, les éléments positifs c'est que c'est vrai que la faim recule petit à petit dans le monde. En 90, 29 % de la population souffraient de la faim, en l'an 2000 il y avait plus de 23 %, mais, en contrepartie, il y a aussi une augmentation considérable de la population mondiale, ce qui fait que en valeur absolue le nombre de gens qui ont faim reste à peu près stable.

So, I sway between the positive and negative aspects, the positive aspects being that it is true that hunger is receding little by little in the world. In [19]90, 29% of the population was suffering from hunger, in 2000 there were more than 23%, but, on the other hand, there is also a considerable increase in world population which mans that in absolute numbers, the number of people who are hungry remains about the same.

Les ONG elles-mêmes ne sont pas à l'abri des critiques: leurs frais d'auto-gestions sont souvent tellement importants que, même si on ne met pas en doute leur bonne volonté, on se pose la question de savoir si elles sont vraiment efficaces par rapport à leurs objectifs. Dans ce contexte la structure ultralégère du CCFD est intéressante:

The NGO themselves are not without their critics: their own management expenses are often so important that even if no one doubts their good intentions, they pose the question of knowing if they are really effective by comparison to their objectives. In this context the ultra-light structure of the CCFD is interesting.

Comme son nom l'indique le comité catholique contre la faim et pour le développement est une organisation qui a été créée par les évêques de France il y a plus de 40 ans maintenant, pour répondre au besoin de la faim dans le monde il y a une quarantaine d'années, et qui malheureusement, je dirais, existe toujours aujourd'hui

As its name indicates, the Catholic Committee against Hunger and for Development is an organisation which was created by the bishops of France 40 years ago now to respond to the needs of the hungry in the world some forty years ago and unfortunately, I would say, who still exist today.

Je crois que la caractéristique du CCFD c'est qu'il n'envoie personne sur place. Le principe c'est d'établir des partenariats avec des associations, des ONG locales. Et quand on dit partenariat, c'est pas un vain mot chez nous, c'est vraiment un échange, un échange parce qu'on estime que ces gens-là ont aussi à nous apporter. Alors nous on a peut-être à apporter nos richesses financières, nos richesses culturelles, nos richesses sociales, mais eux, ils ont aussi des richesses culturelles et des richesses sociales à nous apporter.

I believe that the characteristic of CCFD is that it sends nobody to the field. The principle is to establish partnerships with associations, with local NGO. And when we speak of partnership, it is not an empty word for us, it is really an exchange because we believe that these people also bring something to us. So we can maybe bring financial wealth, our cultural wealth, our social wealth, but they also have cultural wealth, and social wealth to bring to us.

$Id: 2004_10_act_fr.htm 17 2010-04-03 11:44:00Z alistair $

[1] IMF - International Monetary Fund

 

[2] NGO - Non Governmental Organisations

 

$Id: 2004_10_act.htm 4 2010-02-03 20:03:32Z alistair $


With questions or for more information, please contact Alistair Mills alistair.mills@btinternet.com
Updated Sunday 16th May 2010

Valid HTML 4.01 Transitional