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Articles de La Guinguette - 2003 - mars - culture


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L'âme du slam

The spirit of slam[1]

C'est certain que les hommes ont peur de leur bonheur et le fuient, j'interviens. Pour supporter ma condition d'être humain, moi j'écris, moi j'écris, voilà le sens de ma vie. Et je crie, et je crie que j'écraserai toutes les fourmis!

It's true that people are scared of happiness and run away from it, so that's where I come in. To support my condition of being human, personally I write, yes I write, that's the direction of my life. And I scream, I scream that I will run over all the ants!

On est dans une salle sombre, l'air est lourd de fumée. Une foule de cinq cents personnes - avec des gens de tous les âges, mais dans l'ensemble plutôt jeunes - est venue partager un phénomène nouveau dans le monde du spectacle: 'le slam'.

We are in a dark room; the air is blue with smoke. A crowd of five hundred people - people of all ages, but on the whole rather young - have just shared a new phenomenon in show business: 'Slam'.

'Le slam' c'est la poésie récitée par les amateurs pour les amateurs. Au cours de cette soirée-là, une quarantaine de slameurs s'expriment tour à tour. Ces derniers disent leurs textes, leurs poèmes, par coeur ou bien en les lisant, des fois en improvisant. Ils expriment leurs envies, leurs regrets, leur colère, leur humour aussi, avec talent et sincérité:

Slam is poetry recited by amateurs for amateurs. During this evening some forty odd slammers express themselves one by one. These latest ones say their pieces, their poems, by heart or even by reading them, some times improvising. They express their loves, their regrets, their anger, their humour too, with talent and sincerity:

Je suis devant le mot poésie
Je regarde le mot poésie
Je ne vois rien
Je n'entends rien, je regarde visuel
Je ne vois rien. Je n'entends rien. Je convoque mon souffleur. Je lui s? sonore.

I am in front of the word poetry
I look at the poetry
I don't see anything
I don't hear anything I look with my eyes
I don't see anything, I don't hear anything. I summon my prompt. I'm awaiting his call.

Je ne le vois pas mais je sais qu'il regarde ailleurs. Il regarde action. Je suis seul immobile avec mon s? qui ne me s? rien sauf des trucs illisibles par exemple : n?., et d'autres encore?. l'in.. fini. Je? sonore. Pas bien loin de poésie. Brièvement j'entends poésie sonore, mais ça ne tient pas.

I can't see him but I know he's looking elsewhere. He's watching the action. I'm stuck with my script which for me is nothing but unreadable things for example: nothing and nothing else. I'm still waiting his call. Not so far from poetry. Soon I'll hear the echo of poetry, but cannot grasp it.

Je s? au fond de mes ?. Je ? rien.

I'm at the bottom of my ?. I ? nothing.

ou encore

Or else.

Tu parles, tu parles mais tes projets restent sans lendemain.

You're talking, you're talking but your projects remain without a future.

Tu dis que le couple nuit parfois à ta liberté mais moi je me demande, de nous deux, qui est le boulet, parce que au moment de partir pour de vrai il n'y a que moi qui suis vraiment décidée.
Peut-être que pour partir il faut d'abord avoir su rester immobile un long moment à s'écouter penser, savoir qui on est?
Peut-être que pour partir il faut se sentir bien?
Alors ce soir moi je te le dis à toi qui te fuis : je ne peux pas attendre ici que tu sois bien enfin avec ta vie parce que la mienne aussi m'attend, parce que vivre avec toi me fait perdre mon présent?
Je pars pour de vrai, pour de bon, parce qu'ici pour moi il n'y a rien de bon?
J'ai fait ce que je pouvais, c'est-à-dire t'aimer, mais on ne peut rien pour qui ne veut changer. Je t'en prie, écoute-moi une dernière fois et puis quand ce sera le moment pour toi, viens me rejoindre là-bas.

You are saying that the verse destroys sometimes your freedom but personally I ask myself of the two of us who is the dead weight, because when searching for truth there is only me who has really decided.
Perhaps in order to set-off you must first have known how to stay still for a long moment to hear yourself thinking, to know who you are.
Perhaps in order to set-off you must feel well.
So this evening I am telling you who is going: I cannot wait here till you are happy with your life because mine is also awaiting me, because living with you makes me lose my present.
I am leaving to look for truth, for good things, because there is nothing good here for me.
I have done what I could, that is loving you, but it is not possible to do anything for someone who does not want to change. Please, listen to me one last time and then when it is the right moment for you, come and join me over there.

Ils vont se succéder sur la scène toute la soirée sous l'impulsion de Marco. Chacun n'a que cinq minutes pour s'exprimer. C'est un format qui vient de l'étranger:

They are going to be following one another onto the stage all evening, spurred on by Marco. Each has only five minutes to express himself. It is a format which comes from abroad.

Ça vient des Etats-Unis, ça vient de Chicago. C'est américain, mais nous on l'a retraduit à notre version française et adapté à ce qu'est Lyon, quoi, mais aussi à tout ce qui peut se faire en France, quoi. Effectivement les Américains ont inventé ça mais nous n'avons pas la même langue, les Américains parlent pas le français, les Français parlent très peu l'anglais et inévitablement ça donne autre chose qui ressemble à ce qu'on est nous, quoi.

It comes from the United States, form Chicago. It is American but we have also translated into our French version and adapted to the situation in Lyon, but also to the situation in France. Really the Americans invented it, but we don't have the same language, the Americans don't speak French, the French speak very little English and inevitably that provides something which resembles what we are, you see.

Marco réinvente le slam. Depuis 97 il en redéfinit les règles à son idée:

Marco is reinventing slam. Since 97, he has been refining the rules according to his idea.

Section Lyonnaise des Amasseurs de Mots, la Camaria, c'est 5 minutes par personne sans support musical en s'inscrivant avant et puis on dit ce qu'on veut comme on a envie, et derrière on boit un coup, voilà, en gros c'est ça. Un texte égale un verre, cinquante textes égalent un verre. C'est pas une tribune beuverie. C'est plutôt un endroit où on vient s'exprimer.

In the Lyon club of word collectors, the Camaria, it's 5 minutes per person without musical support, sign up before and then say what you want to, as you feel like, and at the same time you have a little drink, there you are, that's it. One poem equals one glass, fifty peons equals one glass. It is not a drinking competition. It is rather a place where people come to express themselves.

Librement, s'exprimer librement. Mais pourquoi dans ce cas, empêcher les gens de s'exprimer plus de cinq minutes ? Pourquoi cette obligation de s'inscrire aussi ?

Freely, express themselves freely. But why in that case, expressing themselves in no more than five minutes? Why this requirement to sign up too?

Pourquoi ? Parce que moi, venant du rap, je sais, venant du Hip Hop je sais exactement comment ça va finir : les plus bavards garderont le micro et il faudra leur arracher à quatre, et les autres ne pourront pas s'exprimer. Cinq minutes. Pas plus. Merci. Et on ne vient pas au dernier moment alors que tous les autres font la queue. Moi je ne supporte pas dans une boulangerie qu'on passe devant moi si je suis le quatrième. Pour plusieurs raisons. La première c'est que quand je rentre dans une boulangerie, j'ai faim, donc j'aimerais bien manger le plus vite possible. La deuxième, c'est que je respecte les autres et que je ne supporte pas qu'on me respecte pas. La troisième c'est que le temps c'est de l'argent, mais celle-là, c'est bien la troisième quand même?

Why? Because personally coming from rap, I know, coming from Hip Hop I know exactly how that's going to end. The most talkative keep the microphone and you've got to drag them away on all fours, and the others won't be able to express themselves. Five minutes. No more. Thank you. And don't arrive at the last minute while all the others have made a queue. Personally I don't go along with it in the bakers when they go to the front and I am fourth in line. For several reasons. The first is that when I go to the bakers I am hungry, so I would like to eat as quickly as possible. The second is that I respect others and I don't go along with them not respecting me. The third is that time is money, but that's really the third thing however.

Ce qui frappe immédiatement c'est la diversité des profils.

What strikes you immediately is the diversity of the acts.

Certains sont en sciences du langage, d'autres ont fait du graphe, sciences po, d'autres sont comédiens en formation, d'autres ont été journalistes, d'autres ont écrit des nouvelles et d'autres ont zéro diplômes comme moi, sortent de nulle part. On va dire que plus de 50% est issu de rap, pas du rap en tant que rap mais du Hip Hop. Moi j'ai été un des premiers à monter le Hip Hop à Lyon en 79, c'est vieux. Et effectivement, je ne renie pas d'où je viens, quoi. Mais ce qui m'intéresse c'est le biais de l'écriture.

Some are specialists in language, others have done writing, political science, others are comedians in training, others having been journalists, others have written novels and others have no qualifications at all, like me, coming from nowhere. I was about to say that more than 50% have graduated from rap, not rap and such things but from Hip Hop. I was one of the first to demonstrate Hip Hop in Lyon in 79, so that's old. Really I do not deny where I came from, you know. But what interests me is the ways of writing.

Et le dénominateur commun?

And the common denominator?

L'amour du mot, et le fait que personne ne se connaissait il y a 12 mois, le fait que tout le monde a scotché tout le monde. Donc il y a un équilibre existant et réel, ce qui fait qu'il y a une certaine unité pour aller dans le même sens, mais bon, c'est un collectif d'individualistes, hein !

The love of words, and the fact that no one knew each other 12 months ago, the fact that every one has stuck together. So there is a very real balance that means that there is a certain unity for going in the same direction, but well, it's a collection of individualists, eh.

Il n'y a pas de double emploi dans la section. Chacun est différent. Chacun a un concept différent, ce qui fait qu'on a, un acamédicien, on a ,un poéturien ,un lyriciste, moi je suis un bavardeur.

There are no acts the same in the club. Each is different. Each has a different idea, that means that one is an academic, one is a poet, one a lyricist, and personally I am a talker.

Certes on violente un peu les mots? mais n'est-ce pas un juste retour des choses? Pourquoi les laisser au plaisir des seuls académiciens qui font des règles ? Et si on contournait ces règles, messieurs les aca?médiciens, médecins. Le langage n'est pas malade. Il est au contraire plein de vie. Il est brave et plein d'ardeur?

For sure we destroy words a bit, but isn't that a reasonable take on things? Why leave them for the pleasure only of academics who make rules. And if we are bending the rules, academics, doctors. Language is not sick. Quite the opposite, it's full of life. It is ready for anything.

Je ne suis qu'un bravardeur qui se perd dans le noir sans cafard? qui aime le sordide romantique, le ludique lubrique, les fleurs qui poussent en Balnavie, les lyricistes existentiels, les acamédiciens plus de cinq minutes, les poéturiens semeurs de discorde et les ex-statiques qui pulvérisent par versatilité les records de vitesse par leurs verves amasseuses de mots.

I am only a chatterer who gets lost in the dark without telling tales, who loves things sordid and romantic, lusty games, flowers which grow in Balnavie, existential lyricists, and academics for no more than five minutes, the poets who sow discord and the former statisticians who skilfully break the speed records with their witty collections of words.

Il y a des choses qui nous irritent et qu'on ne peut pas s'empêcher de dénoncer. Alors évidemment, on ne fait pas partie de donneurs de leçons qui ont toujours une solution mais ce que nous n'aimons pas nous le dénonçons systématiquement. Nous ne laissons jamais passer. Donc effectivement la télé-poubelle, les réactionnaires qui viennent de prendre le pouvoir il y a quelque temps, nous irritent tout autant que les pollueurs de cette planète, tout autant que des tas de choses invraisemblables qui existent au jour le jour et que nous sommes obligés de subir, voilà.

There are things which irritate us and which we can prevent ourselves from denouncing. So obviously we don't send off the lesson tellers who always have a solution but what we don't like to do is to tell them off systematically. We never let them pass. So in effect the long distance dustbin, the reactionaries who have just taken power a little while ago, they bother us as much as the polluters of this planet as much as a whole pile of unlikely things which exist from day to day and that we have to endure.

Donc pour moi ça reste un contre-pouvoir verbal et une des dernières aires de liberté. Le slam est gratuit, le fait de monter aussi. Toute personne peut s'exprimer, donc on règle le problème sous cet angle-là, au moins. C'est la seule chose qu'on peut faire d'ailleurs.

So for me it is a verbal push against authority and one of the last places for liberty. Slam is free, the fact of doing it too. Everyone can express themselves, so we control the problem from that point of view at least. It is the only thing that we can do anyway.

Je n'ai besoin de personne en Harley Davidson?
Je ne reconnais plus personne en Harley Davidson?
Je vais à plus de 100
Et je me sens à feu et à sang
Peu m'importe de mourir les cheveux dans le vent?
Comme Brigitte Bardot sur sa Harley Davidson, nous fonçons, nous fonçons,
Respirons cet air nouveau, inhalons cette alchimie envahissante.
Nous fonçons, le monde est une découverte incessante?

I don't need anyone at Harley Davidson
I no longer recognise anyone at Harley Davidson
I am going at more than 100
And I feel myself fire and blood
It's of no importance to die with the wind in your hair
Like Brigitte Bardot on a Harley Davidson, we charge along
Let's breath the air again, let's breath in this invasive alchemy
Let's charge along, the world is an endless discovery.

On s'aime, on sème et on continue :

We love one another, we sew and we move on:

On a été à Nantes, à Saint-Brieux, on a été dans le Pas-de-Calais, à côté de Lille, on va à Genève, là on part à Lausanne, de partout les gens ont envie, ont soif, ont envie d'écouter. Alors il y a un petit phénomène de mode mais je crois que ça va devenir autre chose qu'une mode au bout d'un moment, parce que tout le monde prend la parole partout où on passe, quoi. Et nous notre délire c'est de l'installer partout où on va jusqu'à ce que ceux du coin se l'approprient et qu'on recommence ailleurs, quoi. Qu'ils nous mettent dehors, quoi ! En gros c'est le but recherché, c'est celui-là. C'est-à-dire qu'on veut être comme une maladie extrêmement contagieuse. La peste verbale. Mais la bonne, hein? pas celle qui tue. Enfin celle qui tue, qui donne l'émotion, qui donne envie de rire, de taper dans les mains, de reboire un verre, etc. quoi?

We have been to Nantes, to Saint-Brieux, we have been to Pas-de-Calais, beside Lille, we went to Geneva, then on to Lausanne; everywhere people want, they are thirsty, they want to listen. This is a little fashionable phenomenon but I think that it is about to become something more that a fad soon as everyone wants to have their say everywhere we go. And what really delights us is to settle ourselves anywhere and we go to whatever the folks there have and we start again anywhere. They even do it out of doors! Really that's the goal. That is we want to be like an extremely contagious illness. The verbal plague. But a good one, right! Not one that kills. In the end one which kills, which excites, which makes people want to laugh too - clap their hands and drink a little together.

Nous, ce qui nous intéresse par rapport à ça, c'est que on est heureux que la personne soit montée donc, soyons conviviaux, invitons-les à boire un coup avec nous et il est évident qu'on peut boire de l'eau plate. Mais invitons-les à partager un verre avec nous, puisqu'ils sont montés, ils ont eu le courage de le faire. C'est de la convivialité en ce qui nous concerne, hein.

What interests us in all that is that people are happy and that the people get up, let's say to be sociable, let's invite them to drink something with us and of course they can drink plain water. But we invite them to drink a glass with us while they are on their feet; they have had the courage to do it. It is about friendship and what concerns us.

$Id: 2003_03_cul_fr.htm 17 2010-04-03 11:44:00Z alistair $

[1] Slam - this exists with the same name in English - see http://poetryslam.com

 

$Id: 2003_03_cul.htm 17 2010-04-03 11:44:00Z alistair $


With questions or for more information, please contact Alistair Mills alistair.mills@btinternet.com
Updated Sunday 16th May 2010

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