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Articles de La Guinguette - 2004 - mars - culture


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Une Écrivaine et son double - A.S. Byatt et Jean-Louis Chevalier

A writer and her double

On put voir que la noble dame Mavis avait préparé son petit festin avec un certain soin en dressant un modeste auvent en soie rouge et noire contre les créneaux délabrés et en installant dessous une longue table recouverte d'une nappe damassée et chargée de mets savoureux, de fiasques de vin rosé pétillant et de guirlandes de houx aux feuilles dentées d'épines comme des aiguilles, et aux fruits rouges comme le sang, et elle-même arborait une longue robe d'une blancheur de neige sous un surtout écarlate et une guirlande de houx brillait dans ses cheveux.

It could be seen that the Lady Mavis had prepared her little feast with some care, building a small canopy of red and black silk against the decaying battlements, and setting out on a long damask-covered table beneath it tasty dishes, flagons of pink bubbling wine and garlands of holly, with leaves like needles and berries red as blood. And she herself wore a snow-white robe under a scarlet overdress, with a garland of the holly shining in her hair.

Telle est la prose somptueuse de la célèbre écrivaine anglaise A.S. Byatt, lue par la critique Raphaëlle Rérolle, dans un extrait du roman 'La tour de Babel'.

That is the sumptuous prose of the famous English author A.S. Byatt, read by the critic Raphaelle Rerolle in an extract from the novel "Babel Tower".

Presque. Parce qu'il s'agit bien sûr de la traduction de Byatt, effectuée par son traducteur Jean-Louis Chevalier. Jusqu'à quel point est-il possible de préserver la beauté d'une oeuvre originale dans sa traduction? Quels sont les choix à faire si l'on veut rester fidèle à l'original? C'étaient les thèmes abordés le jour où Byatt a rencontré Chevalier pour un débat intitulé «l'Écrivain et son double». Madame Rérolle étant la présentatrice, elle a ouvert les discutions en s'adressant d'abord à l'écrivaine:

Almost. Because it is of course a translation of Byatt, made by her translator Jean-Louis Chevalier. Up to what point is it possible to keep the beauty of the original text in its translation? What are the choices to make if you want to remain faithful to the original? These were the themes tackled the day when Byatt met Chevalier for a debate entitled "The writer and her double". Madame Rerolle being the chairperson opened the discussion by speaking first to the author:

RR: Est-ce que vous avez pesé sur le choix de votre traducteur? Est-ce que vous avez la possibilité de...

RR: Did you give much consideration to the choice of your translator? Did you have the opportunity to...?

ASB: Non, je ne saurais pas comment choisir un traducteur mais j'ai été très flattée quand Jean-Louis a dit qu'il voulait traduire Le sucre qui est un texte auquel je tiens beaucoup parce que je crois que c'est la seule autobiographie que je vais jamais écrire. C'est le plus français d'entre mes textes.

ASB: No, I would not know how to choose a translator but I was very flattered when Jean-Louis said that he wanted to translate "Sugar and other tales" which is a book that I am much attached to because I believe that it is the only autobiography that I am ever going to write. The most French of my books.

RR: C'est-à-dire? Qu'est-ce que c'est?

RR: Why do you say that? What is it?

ASB: Je voulais une clarté française dans ce que j'écrivais bien que c'était anglais. Ce n'était pas du tout comme ce que vous venez de lire. C'est quelque chose de plus musclé et plus maigre, non?

ASB: I wanted lightness in the French in what I was writing even if it was English. It is not at all like what you have just read. It is something mure robust and lighter you see.

JLC: Oui il n'y avait que un seul "purple patch" qui était la fabrication des berlingots. Ce qui donnait, bien sûr, toutes sortes d'opacités, de translucidités, de concrets, de diaphanes, etc. dans la fabrication des berlingots puissent que le grand-père de la narratrice est fabricant de berlingots. Donc, c'était tout de même très Byatt, mais, simplement un petit coin. Le reste était ce que Antonia fait par ailleurs, c'est-à-dire... mais ça n'est pas aussi flamboyant à première vue, c'est-à-dire la réflexion sur soi-même, sa vie, sa mort, ses parents, la littérature, Van Gogh, enfin c'est un ramassé de tout ce que Antonia a écrit. Et à mon avis, c'est son plus beau texte.

JLC: Yes, there was only one "purple patch" which was the making of the boiled sweets. That provided of course all sorts of shades, translucent, solid, transparent etc in the making of the sweets that meant that the grand father and the narrator are making sweets. Well it was however very Byatt, but simply a little corner. The rest was what Antonia does elsewhere, that is... but that is not as flamboyant as it appears at first that is a reflection of herself, her life, her death, her parents, literature, Van Gogh, in the end a reassembly of all that Antonia has written. And in my opinion, it is her most beautiful work.

RR: En tout cas, c'est... vous avez, à travers l'oeuvre de Antonia Byatt, vous avez pu devenir une sorte de spécialiste en confiserie, parce que quand on parle des berlingots et qu'on arrive à l'extrait que je viens de lire, on a de quoi se perfectionner en la matière.

RR: In any case, it is... you have through the work of Antonia Byatt, you have been able to become a sort of sweet specialist because when we talk about boiled sweets and then we get to the extract which I have just read, we have something perfected on this subject.

ASB: Je me suis dit quand vous lisiez que c'est beaucoup plus appétissant en français qu'en anglais.

ASB: I was just thinking when you were reading that it is a lot more appetizing in French than in English.

RR: C'est peut-être qu'il est très gourmand, en fait.

RR: It's maybe very rich, in fact.

JLC: En fait, non. C'est pas en confiserie. C'est en tout et n'importe quoi. Parce que il faut être spécialiste en couture... Récemment j'ai été spécialiste en escargots, dans le prochain il y a de la gemmologie, je vous dis pas... La façon dont les insectes font leurs enfants n'a plus aucun secret pour moi, et je ne vous parle que de choses faciles, parce qu'il y en a d'autres... Enfin, bon! Dans ma vie conjugale, il y a une scène qui se reproduit à peu près quatre fois par semaine. Je descends et je dis: «Vous ne savez pas ce que Antonia m'a encore fait?». Et, à une époque, nous avions créé un jeu qui s'appelait 'The Byatt pursuit' où mes enfants me disaient: «Est-ce que Antonia parle du riz au curry?». «Oui, elle parle du riz au curry...» «Est-ce que Antonia parle des singes bleus? » et je disais «Ah oui, dans la forêt, il y a un singe bleu» et ils ont eu du mal à trouver des choses dont Antonia ne parlait pas.

JLC: In fact, no it is not about sweets. It is about everything and anything. Because you have to be a fashion expert. Recently I was an expert in snails, in the next one there is gem stones. I can't tell you... The way that insects make their offspring is no longer a secret to me, and I am only telling you about simple things because there are others. Well fine! In my home life there is a situation which happens about four times a week. I come down and I say "Do you know what Antonia has made me do now". And at one time we invented a game which we called 'Byatt Pursuit' where my children used to say to me. "Does Antonia talk about rice and curry?". "Yes, she talks about rice and curry...". "Does Antonia talk about blue monkeys", and I used to say "Ah yes, in The Forest, there is a blue monkey" and they had a hard time to find things that Antonia hadn't talked about.

ASB: Il m'arrive de temps en temps..., quand j'écris le matin, je pense : «Je vais ajouter quelque chose qui sera peut-être contre Jean-Louis Chevalier».

ASB: It happens from time to time. When I am writing in the morning, I think "I am going to add something that will be challenge for Jean-Louis Chevalier".

Vous savez, le français c'est la seule langue que je parle assez couramment à côté de l'anglais, alors c'est la seule langue dans laquelle je peux penser à martyriser mon traducteur. Mais non, ce n'est pas pour ça. C'est mon jeu pour mettre contre le jeu de vos enfants. Je veux faire quelque chose qui est vraiment difficile parce que il réussit toujours.

You know, French is the only language that I speak quite fluently besides English, so it the only language that I can think in and make a martyr of the translator. But no, it's not that. It is my game to challenge the game of your children. I want to do something which is really difficult because it always succeeds.

RR: C'est un long compagnonnage et j'imagine que les univers de l'un de l'autre finissent par s'interpénétrer mais que aussi vous avez vu, sur une période comme ça, un petit peu longue, vous avez vu évoluer l'écriture d'Antonia Byatt. Vous avez vu des changements s'opérer?

RR: It is a long collaboration and I imagine that the world of each of you ends up invading that of the other but also you have seen over a time like that, quite long, you have seen changes in the writing of Antonia Byatt. Have you seen changes at work?

JLC: Oui, c'est vrai. C'est vrai, c'est une écriture, à mon avis, de plus en plus inspirée par une réflexion sur les sciences. C'était plutôt une écriture inspirée par une réflexion sur la littérature et sur l'art, et les sciences, toutes sortes de sciences, aussi bien biologique que d'autres, mais enfin ça a été biologique récemment, je ne dis pas 'prennent le pas' mais prennent une importance qu'elles n'ont pas toujours, sans que les lettres et les arts s'en trouvent diminués, ce qui fait que ça ne fait que augmenter le terreau, mais le terreau scientifique est tout de même un peu plus récent.

JLC: Yes, that is true. It is true; it is writing, in my opinion, more and more inspired by reflection on the sciences. It used to be rather a writing inspired by reflection on literature and art, and the sciences, all sort of sciences, biological sciences as well as other, but it has been biology recently, I don't say "taking steps" but taking on importance that they did not always have without reducing the role of literature and arts which means that the scope increases, but the scientific area is however the most recent.

ASB: C'est un peu... Je m'y intéresse de plus en plus parce que il est arrivé, en Angleterre au moins, quelque chose aux études littéraires. Elles ne sont plus réelles. Elles parlent un langage qui ne discute que ce langage. Et moi, je m'implique toujours dans les choses. Il n'y a presque plus de choses dans la critique littéraire. Alors, je me suis dit «il me faut la réalité». Et je me suis un peu divertie dans les deux sens, vers les scientifiques, pour avoir quelque chose de solide, exactement comme vous avez dit. Et puis ça change.

ASB: It is a bit... That interests me more and more because something has happened, in England at least, to the study of literature. It is no longer real. They speak a language which only discusses this language. But I always involve myself in things. There is almost nothing else in literary criticism. So, I've always thought "you must deal with reality". So I've gone off in two directions, towards the sciences to have something solid, exactly as you have said. But then it's changing.

RR: Vous m'aviez parlé un jour de la façon que vous aviez de travailler et de laisser les choses - vous avez utilisé une expression que j'ai retrouvée en feuilletant mes notes avant de venir, que j'avais trouvé très jolie- de laisser les choses cuire dans votre cerveau arrière. Vous m'aviez dit ça pour m'expliquer que vous laissiez les choses comme ça travailler dans votre inconscient avant de les écrire.

RR: You talked to me once about the way you used to have of working and of leaving things - you used an expression that I found again when going through my notes before coming that I had found very nice - of letting things tick over in the back of your mind. You had told me that to explain to me that you left things like that as that works in your subconscious mind before you write them.

ASB: Oui, l'expression de cerveau arrière, c'était l'expression d'un scientifique que j'ai rencontré qui étudiait les astres. Il était astronome. Et je lui ai raconté comment je travaillais et c'est lui qui a dit «oui en première place je regarde avec mon cerveau d'avant, je regarde, je lis, je lis, je lis. Et puis, je travaille avec le cerveau intermédiaire qui essaye de comprendre et quand on a fait... quand on a essayé tout le temps qu'on peut, on le met en arrière mais on s'endort même, même pendant la journée. Il ne faut plus regarder et ça se travaille soi-même. Et je dis toujours aux gens qui me demandent «comment vous travaillez?» je dis «il faut toujours faire deux ou trois choses à la fois».

ASB: Yes, the back of the mind, that's the expression of a scientist whom I met who was studying the stars. He was an astronomer. I told him how I worked and he said "yes, first of all I look with the front of my mind, I look, I read, I read, and I read. And then I work with the middle of my mind which tries to understand what we have done... when we have tried all the time that we can, we put it into the back of the mind, but we even let it go to sleep, even during the day. You must not look at it any more and it works on its own". So I always tell people who ask me "How do you work?", I say, "You have to always do two or three things at the same time".

RR: Je dis ça parce que je crois que c'est ce que vous aviez fait, vous étiez en cours de tétralogie, et avant d'aborder, il me semble, La tour de Babel, dont vous disiez que ça allait être un gros morceau, vous avez décidé juste d'écrire le livre (ndlr. Possession) qui allait vous rapporter le Booker Prize après. C'est pas mal!

RR: I say that because I believe that's what you had done, you were on a trilogy, and before setting off, it seems to me, Babel Tower, about which you said that as it was going to be a big piece, you decided just to write the book, which was going to bring you the Booker prize later. That's not bad!

ASB: Oui, je me suis dit, ce sera plus facile. Il faut apprendre à écrire des livres dans d'autres styles dans un livre. Il faut apprendre à écrire. Je ne savais pas que ce serait de la poésie, mais avec plusieurs voix dans un seul livre parce que dans la tour de Babel il y a beaucoup de voix. Et je ne savais pas si j'étais capable d'écrire avec plusieurs styles. C'était une expérience pour savoir si je pouvais le faire.

ASB: Yes I thought that it would be easier. You have to learn to write books in other styles in a book. You have to learn to write. I did not know that it would be poetry, but with several voices in a single book because in the Babel Tower there are many voices. And I did not know if I was able to write in many styles. It was an experiment to know if I could do it.

Après la conférence Chevalier a donné quelques clefs pour ceux qui voudraient le suivre dans le métier du traducteur:

After the lecture, Chevalier gave some tips for those who might want to follow him in the profession of translator:

Rester le plus près du texte anglais, sauf quand le français ne le permet pas, et se dire que l'on espèrerait que l'explication de texte - qui est un genre français plus que anglais -, que l'explication de texte de la traduction pourrait donner les mêmes résultats que l'explication de texte du texte anglais. Mon idéal, c'est toujours 'est-ce que le texte va dire la même chose et à peu près de la même façon?'

Stay very close to the English text except when French does not allow it and tell yourself that we hope that the explanation of the text - which is a French genre more than an English one - that the explanation of the text from the translation could give the same result as the explanation of the text from the English text. My goal is always 'is the text going to say the same thing and approximately in the same way?'

Ce n'est pas toujours facile:

It is not always easy:

Ce qui est embêtant, ce sont les textes où vous avez un monsieur, une dame, et une chose "his, her, its" et en français, vous êtes sûr que la chose sera ou bien masculine ou bien féminine, forcément. "Its leg was broken" - «Sa jambe était cassée». En français c'est le monsieur, la dame, ou la table, en anglais, c'est les deux. L'autre difficulté c'est les jeux des temps du passé qui ne fonctionnent pas exactement de la même façon dans les deux langues et quelquefois qui sont amphibologiques, doubles, et le français n'accepte pas les deux. Il faut opter. Alors il y a des problèmes de continuité, de répétition, de plan dans le passé. Et ça, c'est toujours coton, toujours.

What is infuriating, are the texts where you have a man, a lady and a thing "his, her, its" and in French you are sure that the thing will be masculine of feminine of course. "Its lag was broken". In French, it is the man, or the lady, or the table, in English it is two. The other difficulty is the role of past tenses which do not function in exactly the same way in the two languages and sometimes there are conjugal pairs, twins, but French does not allow both of them. You have to choose. So there are problems of continuity or repetition with past tenses. That, that's always tricky, always.

Et quand on arrive au problème des références, des fois c'est même impossible:

So, when we get to the problem of references, sometimes it is even impossible:

Il y en a un certain nombre qui vont être perdus. Il y en a un certain nombre qui sont connues par les Français, disons cultivés -qui sont tout de même les Français qui lisent Antonia -, quand il y a «être ou ne pas être» ou «une chose de beauté est une joie pour toujours». Il y en a un certain nombre qui ne pourront pas passer si on n'explique pas, et selon l'importance, on peut avoir à dire «comme disait Milton» - parce que, dans la page suivante il y aura «Milton l'avait bien dit» -donc, il y a une obligation technique. Quelquefois, tant pis. Certains le sauront, d'autres ne le sauront pas, mais également, si, très naturellement, une citation ne déforme pas -une citation française-ne déforme pas le texte d'Antonia, je ne la cherche jamais pour elle mais il se peut qu'elle vienne. Dans le texte que je traduis il y a des "laughing elves". Il n'y a aucun problème de traduire «des elfes rieurs», sauf qu'il y a un petit poème français que tous les Français connaissent qui dit «couronnés de thym et de marjolaine, les elfes joyeux dansent dans la plaine». Je suis tenté de traduire «les elfes joyeux» parce que ça fera un petit écho pour quelqu'un qui en aura perdu douze par ailleurs.

There are some of them which are going to be lost. There are some of them which are not recognized by the French, let's say the cultured - who are however the French who read Antonia, when there is "to be or not to be" or "a thing of beauty is joy forever". There are some of them which cannot be conveyed if we do not explain them, so depending on their importance we can say "as Milton said" - because on the next page there will be "Milton had said that", so this is a technical requirement. Sometimes, so what. Some people will know it, others will not know it, but all the same, if, very naturally a reference does not change things - a French reference - does not change the text of Antonia, I am never looking in the text for it but it can happen. In the text that I am translating there are "laughing elves" except that there is a little French poem that all the French know which says "cronwed with thyme and marjoram, the laughing elves danced on the plain". I am tempted to translate "the laughing elves" because that would cause a little echo for someone who would have lost a dozen even.

Quant au français presque impeccable de Byatt, c'est le fruit d'une longue histoire:

Whilst as for the almost impeccable French of Byatt, it is the product of a long story:

C'est la langue que j'aime le mieux. C'est parce que je l'ai apprise à l'âge de onze ans et je suis tombée tout à fait amoureuse du français. Nous avons même acheté une maison dans les Cévennes où je vais. J'y passe maintenant trois mois de l'année. Je viens toujours au mois de juin. Je pars mi-septembre. Cette année je pars en août parce que ma fille va avoir un enfant à San Francisco. Mais d'habitude je suis là.

It is the language that I love the best. It is because I learned it at the age of eleven and I fell completely in love with French. We even bought a house in Cevennes where I go. Now I spend three months of the year in it. I always come in the month of June. I leave mid September. This year I am leaving in mid August because my daughter is going to have a child in San Francisco. But usually I am there.

Et donc pour terminer, voici un petit extrait de plus du travail du tandem Byatt / Chevalier:

And to finish here is another little extract of the combined work of Byatt/ Chevalier.

Bientôt, les gens perçurent qu'avec une grande ingéniosité le festin avait été disposé sur la table sous la forme d'un homme ou peut-être d'une femme car la noble dame Mavis, dans sa pudeur surannée avait disposé sur l'entrecuisse une couronne de houx sous laquelle se devinaient, blotties, des figures confites, et la poitrine était, comme nous le verrons, équivoque. Or, ce régal humain ressemblait à première vue à un bonhomme en pain d'épices géant comme celui que la sorcière offrit à Hansel et Gretel pour les attirer dans sa chaumière. Une grande forme composée de formes plus petites, flans et tartelettes, massepains et blanc-mangés, gelées et sabayons, pâtés de fruits secs au cognac et crèmes aux oeufs, mousse de fruits et d'aréole, mirlitons et mirlifeuilles. Sa tête était ceinte d'un bandeau de tartelettes et de crêtes de coqs et sur tout son corps sa chair était veinée, galbée, creusée de fossettes et ornée, ici de pêches à la crème, là de tranches de coings, et encore de veinures de myrtilles et de rougeurs de cassis. Le visage était de crème fouettée et de meringue avec des galettes aux pétales de roses pour les joues et d'énormes lèvres charnues et rouges en lichettes de pommes et mousse d'airelles ouvrant sur une tourte ovale de langues d'alouettes rôties entourées de dents de dragées. Les yeux avaient des tartelettes à la prunelle comme pupilles, de la gelée de Rennes Claude avec des paillettes de vanille comme iris et du sabayon blanc nappé tout autour et frangé de cils en sucre filé caramélisé. L'homme-gâteau avec de longs ongles d'un rouge éclatant aux doigts et aux orteils, tartelettes pointues glacées à la gelée écarlate de groseilles d'où pendaient d'autres tartes comme des gouttes de sang également glacées d'écarlate. Le buste de cet être de confiserie s'ornait de modestes rotondités en massepain rose et une tour de truffes au chocolat figurait les mamelons. C'était la poitrine d'une jouvencelle ou d'un garçon nubile, douce à toucher, douce à goûter. Le nombril au milieu des pêches à la crème était un puits d'amour surmonté en son centre d'un tortillon de crème pâtissière. Le corps succulent était pour ainsi dire nu à l'exception d'un collier de tartes rondes aux groseilles rouges nappées de gelée écarlate et une rangée de ces mêmes tartes descendait aussi, comme les boutons de pantalon, du menton au ventre et à l'aine, et une seconde rangée occupait la première à la taille dessinant un entrecroisement ou un quadrillage d'un vermillon chatoyant.

Now the people quickly perceived that with great ingenuity the feast had been laid out on the table in the form of a Man or possibly of a Woman, for the Lady Mavis, in her old-fashioned modesty, had wreathed the joining of the legs in further holly, beneath which sugared figs could be seen nestling, and the breasts were, as we shall see, ambiguous. Now this human feast seemed on first sight like a giant gingerbread man, such as the Witch offered to Hansel and Gretel to entice them into her cottage, a great form composed of smaller forms, custards and tartlets, marzipan sweetmeats and blancmanges, jellies and syllabubs, mincemeats and flummeries, fools and darioles, mirlitons and millefeuilles. Its head was crowned with a circlet of tarts, of cockscombs, and the flesh of its body was all veined and contoured and dimpling, made of peaches and cream here, and slices of quince there, blueberry veinings and blackcurrant flushes. The face was whipped cream and meringue and rose petal pies for cheeks and huge lips plump and red with apple-cheeks and cranberry froth opening on an oval tart of baked larks' tongues, surrounded by sugared almond teeth. The eyes had sloe berry tartlets for pupils, and greengage jelly for the iris, flecked with vanilla, and white syllabub slicked round that, fringed with lashes of burned spun sugar. The Sweet Human had long red shining nails, on its fingers and toes, made of pointed tartlets glazed with scarlet redcurrant jelly, from which dripped pendant tarts like gouts of blood, also glazed scarlet. The breasts of this confected Being were low circling mounds of pink marzipan sweetmeats, with a castle of chocolate truffles for nipples: they were the breasts of a young girl or nubile boy, sweet to touch, sweet to taste. The navel was a deep custard tart amongst the peaches and cream, with a spiral swirl of creme patissiere inside it. The sweetmeat body was so to speak naked expect for a necklace of round red tarts of currants in scarlet jelly, and a line of these ran also, like Pantaloon's buttons, from chin to belly to crotch, and a further line also dissected this line at the waist, bonds or quarterings of glistening vermilion.

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Updated Sunday 16th May 2010

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