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Articles de La Guinguette - 2005 - avril - culture


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Transparences

Transparency

Dans l'écriture du roman populaire, heureux sont les auteurs qui savent nous accrocher dès les premiers mots pour ne pas nous lâcher avant la fin. Le romancier Ayerdhal est un de ceux-là. Ecoutez le début de son nouveau polar Transparence:

In the literature of the novel, blessed are the authors that are able to grab our attention from the first words and not let go right up until the end. The novelist Ayerdhal is one of those. Listen to the opening of his latest thriller Transparency.

Une foule en mouvement entretient d'étranges rapports avec la mécanique des fluides, du moins quand on la considère comme la résultante de propriétés homogènes. Densité, vitesse, vecteurs, mixtion, tant qu'on la regarde de haut en plissant un peu les yeux pour en rendre les détails flous, elle tient tout entière dans une batterie des modèles mathématiques. C'est un petit peu plus compliqué quand on est dedans, parce que chaque entité est une semence potentielle de chaos.

"A crowd in motion has some striking similarities with fluid mechanics at least when the result is considered from the point of view of its homogeneous properties. Density, speed, vectors, mixing, as long as you observe it from a distance and with eyes squinted to render the details a bit fuzzy, then the example behaves according to a whole set of mathematical models. It's a little more complicated when you are actually in the group because each individual is a potential source of chaos."

L'image est captivante, le style dynamique, et nous voilà lancés d'emblée dans une métaphore thématique de l'oeuvre. Ayerdhal:

The image is captivating, the style dynamic, and there we find ourselves from the start launched into the thematic metaphor of Ayerdhal's work.

Je dirais que globalement que 95 pour cent de l'humanité - c'est peut-être même plus que ça - est complètement prise par la foule et il y a des gens qui sont des spécialistes, des utilisateurs de la foule. Alors c'est une image métaphorique pour décrire des utilisateurs de la vie et des manipulateurs de gens mais c'est aussi que dans une foule on voit des personnes qui sont... qui sont à l'aise, qui savent se déplacer dans les flux, qui savent prendre dans les poches ce qu'il y a à prendre, qui savent s'imposer, qui savent croiser un regard, qui savent déclencher une affinité, en juste trois fois rien, un petit mouvement, un petit geste, un petit sourire et instantanément ils créent une relation. Mais ces gens sont très peu nombreux et c'est étonnant de les voir faire parce qu'ils le faisaient au début d'instinct et puis au bout d'un certain temps ils ont acquis une expérience, une technique qui leur permet de réussir à tous les coups.

I would say that on the whole that 95 percent of humanity - maybe even more than that - is completely caught up by the crowd and there are people that are specialists, who take advantage of the phenomena. Yes it's a metaphoric image to describe those who use others in life, those who manipulate people but it's also that in a crowd you can observe individuals who are... who are at ease, who know how to move about in the flux, who know how to grab for themselves what's there for the taking, who know how to impose themselves, who know how to catch a momentary look, who know how to trigger an attraction with the slightest effort, a small motion, a little gesture, a quick smile and instantly they create a relationship. But these people are rare and it's astonishing to watch them work because they do it in the beginning by instinct then after a certain time they acquire experience, a technique that enables them to succeed every time.

Et le pouvoir de s'imposer, chez Ayerdhal, c'est une violence à la beauté sinistre :

And the power to impose ones will to Ayerdhal is an act of violence, almost of sinister beauty.

«L'alèn'est de nouveau dans son poing gauche. Elle entre en biais entre deux côtes et transperce le coeur de part en part. Elle l'essuie simplement en la retirant, dans le revers du loubard qui rebondit contre elle pour tomber violemment sur le cul»

"The leather awl was once again in her left hand. It entered on an angle between two ribs and pierced right through the heart. She simply wiped it on pulling it out, on the back of the thug who tumbled away from her in complete astonishment."

Pour moi la manipulation est une forme de violence, c'est-à-dire toute intention de modifier le comportement, l'attitude, la pensée d'autrui, et tout acte qui vise à cet objectif-là, donc c'est une manipulation et c'est un acte violent parce que c'est s'interposer entre la réalité que se représente un individu et la réalité qu'on perçoit d'une façon globale et qu'on lui impose.

For me manipulation is a form of violence, I mean each intention to modify the behaviour, the attitude, the thoughts of another, and every act conceived for that purpose, is therefore a manipulation and it's a violent act because it interposes itself between the reality that an individual has built for himself and the reality that is seen in wider sense and that is imposed upon that individual.

C'est tout mon problème, c'est que depuis tout petit j'ai une relation avec la violence qui est extrêmement ambiguë. J'adore ça. Je trouve ça très beau. Je pense aussi que c'est un moyen d'expression qui peut-être très efficace, que ça soit à l'échelle d'une civilisation ou d'un groupe de gens en terme de révolution ou des meutes ou à l'échelle inviduelle en tant que rébellion contre un fait établi, contre la violence verbale, ou l'agression de quelqu'un d'autre... c'est vrai que je trouve ça très beau, et en même temps je trouve ça très laid, c'est-à-dire... je suis un pacifiste violent ou un non-violent belligérant, enfin j'arrive pas à me situer, j'en ai parfois un peu honte, ça me déclenche des malaises, parce qu'il y a des moments où je me sens devenir violent, alors que je crois pas que ce soit une solution et il y a des moments où je pense que la seule solution pour faire bouger les choses c'est la violence. Je sais pas, c'est très contradictoire.

This is my problem in a nutshell; since I was small I've had an extremely ambiguous relationship with violence. I adore it. I find it beautiful. I think that as a means of expression it is probably very effective whether on the scale of a civilization or a group of people in terms of a revolution or of a riot or on an individual level as a rebellion against an established order, against verbal aggression or against the aggression of someone else... its true that I find it beautiful and at the same time I find it ugly, that is... I'm a violent pacifist or a non-violent aggressor, really I'm not able to define myself, I'm a bit ashamed of it sometimes, it upsets me because there are times when I feel myself become violent, and while I don't believe that it is a solution there are moments when I think that the only way to get things moving is violence. I don't know it's contradictory.

Dans Transparences on suit Stephen Bellanger, un psychologue d'Interpol, dans la traque d'une jeune fille dont on a perdu toute trace depuis qu'elle a été convaincue de parricide. Très vite on soupçonne que sa disparition n'est pas le fruit du l'hasard...

In Transparency we follow Stephen Bellanger, a psychologist with Interpol, in the hunt for a young woman of whom all trace has been lost since she was convicted of killing her father. Right away we suspect that her disappearance is not pure chance...

Ayerdhal est un des auteurs de science-fiction les plus réputés en France et Transparences est son premier roman policier. Il nous explique comment la colère l'a forcé à revenir sur terre. Colère d'abord contre les manipulateurs du monde:

Ayerdhal is on of the best known science-fiction writers in France and Transparency is his first who dun it thriller. He explains to us how anger forced him to come back to earth. Anger at fist against the manipulators of the world:

Il y a un moment donné où je me suis rendu compte que les mêmes personnes tenaient à la fois les gouvernements, l'économie, les grandes industries et les médias et tout allait dans le même sens avec une performance qui me paraissait complètement anormale. C'est-à-dire que j'ai enquêté, entre guillemets, autour de ça et j'ai vu qu'il y avait des moyens employés qui étaient énormes. La NASA utilise des moyens qui sont colossaux. La NASA à elle toute seule a le budget, grosso modo le budget de l'Etat français. Enfin, je veux dire, c'est un truc phénoménal et c'est un outil qui permet de manipuler le reste du monde. J'ai eu envie de mettre ça en scène, de le montrer, de dire "arrêtez de dormir - Big Brother est déjà là". 1984 est dépassé depuis très long temps et ce qu'il y a de bien c'est qu'on nous a tellement bien manipulés qu'aujourd'hui on trouve ça normal. En relisant 1984 je me suis aperçu que ce qui m'avait fait hurler à l'époque, bon, aujourd'hui je vis avec sans... je m'en offusque de temps en temps mais ça va pas au delà... Je devrais avoir pris les armes depuis très très longtemps.

At a certain time I realized that the same people controlled at once governments, the economy, major industries and the media and that all were going in the same direction with results that seemed to me completely abnormal. That is when I investigated, quote unquote, into this and I saw that there were methods used that were far reaching. NASA has power at its disposal that is huge. NASA by itself has a budget that is more or less the budget of the French State. In the end what I want to say is that it's a phenomenal thing and a tool that allows a manipulation of the rest of the world. I felt like making a production out of that, to present it and to say "wake up Big Brother has arrived". 1984 has been surpassed for a long time now and what is more we have been so well manipulated that today we think of it as normal. On re-reading 1984 I realized that what made me shout out loud at the time, well today I see without... it offends me from time to time but beyond that... I should have taken up arms well before this.

Et puis la colère contre la misère de tous les jours:

And then anger against daily misery:

«Au bout de quinze jours à lui jeter sa pièce quotidienne, il s'est retrouvé face à lui et très embarrassé, avec les poches vides et un seul billet de deux cents francs dans le portefeuille qu'il n'a pas voulu sortir.
-Je vais faire du change à la croissanterie, s'est-il excusé.
-Si tu vas à la croissanterie, ramène-moi plutôt un pain au choc' et un café avec deux sucres.»

"At the end of fifteen days of throwing in his daily contribution, he found himself face to face with him with empty pockets and a single bill of two hundred francs in his wallet that he didn't want to break.
-I'll have to get some change at the bake shop, he offered as an excuse.
-If you re going to the bake shop, bring me back instead a chocolate croissant and a coffee with two sugars."

La misère d'une façon générale on la voit, on la côtoie, on la sent, on la sait, on la connaît, et on fait rien. Je veux dire, de temps en temps on envoie un chèque aux restos du coeur, ou on achète le dernier disque qui parle de ce qui se passe en Éthiopie ou ailleurs, mais nos actes s'arrêtent à ça. Ca ne nous vient pas à l'idée dans notre vie quotidienne, qu'elle soit professionnelle ou domestique, d'avoir un investissement alors que c'est très facile pour un boucher à un moment donné de donner un steak à quelqu'un qui n'a pas les moyens, ou pour un plombier d'aller réparer la plomberie d'un squat. Enfin, je veux dire, il y a toujours... on a toujours la possibilité d'intervenir vis-à-vis de la misère et on ne le fait pas. On préfère se fermer les yeux. On les ferme, on les ferme tellement qu'à un moment donné, on se sent agressé par cette misère, par ces gens qui réclament, qui osent réclamer, qui osent mendier un peu de dignité un peu d'argent un peu de quoi bouffer.

Misery of a general nature, we see it, we live with it, we feel it, and we know it exists, we experience it, and we do nothing. What I mean to say is that from time to time we send a cheque to a food bank, or buy the latest disk that talks about what is happening in Ethiopia or elsewhere, but our acts stop there. It doesn't occur to us in our daily life, be it professional or domestic to make an investment even though it is very easy for a butcher at some point to give a steak to someone that doesn't have the means, or for a plumber to go and repair the pipes in a squat. After all there is always... we can always intervene with respect to misery and we don't do it. We prefer to close our eyes. We close them; we close them so tightly that at some point we feel attacked by that same misery, by those people that make demands, who dare to make demands, who dare to beg for a little dignity a little money a little something to eat.

Les pouvoirs invisibles, les gens devenus invisibles. Tout est réuni dans l'idée de transparence:

Invisible powers, people that have become invisible... Both are brought together in the idea of transparency:

On peut tout savoir sur tout. Le problème c'est que tout le monde manipule tout, ce qui fait que la fameuse glasnost, la transparence, n'existe pas du tout. Rien n'est transparent. Toute communication qui est faite par un média, par un homme politique, par un service policier est mensongère et manipulatrice. Et parallèlement, eh bien il y a ce que je viens de dire donc effectivement, tous ces gens qui eux sont des fantômes pour nous, c'est-à-dire qu'ils existent à peine. Donc je voulais mettre les deux, pas en opposition mais en présence... je parle de dualité plutôt que d'opposition, pour montrer que l'un est peut-être la résultante de l'autre.

We could know everything about everything. The problem is that everyone manipulates everything; that which facilitated the famous glasnost, transparency, doesn't exist at all. Nothing is transparent. All communication which is made by the media, by a politician, by a police service is a lie and a manipulation. And by the same token, there are those who are now saying that in effect all those people are themselves phantoms for us, in other words they hardly exist for us... Well I wanted to put the two, not in contrast but in the forefront... I am speaking of a duality rather than a contrast, in order to show that one is maybe the result of the other.

Ayerdhal s'inscrit dans la tradition française d'une forme née aux États-Unis.

Ayerdhal places himself in the French tradition of a form born in the United States.

Le polar américain dans les années 30 à 50 était très très violent, très très noir. Le noir est né aux États-Unis. En France on est sur un polar qui est violent mais c'est une violence qui est plus sociale que militaire, enfin, que belliqueuse. Elle est une conséquence sociale, je dirais qu'il y a une politisation du roman, enfin de l'utilisation du roman depuis toujours dans tous les domaines, d'ailleurs, ça ne concerne pas que le polar.

The American detective story from the 30's to the 50's was extremely violent, very dark. The dark novel was born in the United States. In France we have a thriller that is violent but it's a violence that is more social than military, than belligerent really. It is a social consequence, I would say that there is a politicization of the novel; to be brief the use of the novel was from the beginning in every domain, moreover this is something unique to the novel.

J'appelle ça la métahistoire. C'est-à-dire qu'on a des personnages, on est dans un monde qui est relativement fermé puisqu'il y a très peu de personnages, moi j'en sais rien, il y a une vingtaine, et puis on se déplace d'endroit en endroit, on les voit bien, mais on sent la présence, derrière, du monde entier, de son histoire, de sa géopolitique.

I call it meta-history. I mean we have some characters, it's a world that is relatively closed since there are quite few of them, personally I don't know, there are maybe twenty or so that as we move from place to place, we see quite well but we feel their presence behind the scene, world wide, throughout its history and its geopolitics.

Ayedahl est sûr de retourner au polar.

Ayerdhal is sure to come back to the thriller.

Le prochain roman est un roman de science-fiction, un space opera, pur, par contre je me remettrai au polar juste après parce que... ça fait longtemps que j'avais envie d'écrire du polar, je manquais de sujet, ça a été très long, il a fallu que je mature ça dans ma tête, il a fallu que j'envisage d'écrire autrement. Maintenant que j'ai fait cette première expérience qui s'est très très bien passée à ma grande surprise -pas l'expérience parce que ça a été très dur pour moi mais le résultat est gratifiant-, j'ai qu'une envie c'est de recommencer, enfin, le plus rapidement possible. Mais je veux pas abandonner la science-fiction non plus comme je ne veux pas... je veux me priver de rien, j'ai aussi un roman fantastique que j'ai en tête, j'ai un roman historique en tête, j'ai aussi envie d'écrire une fausse autofiction que j'appellerai 'mythographie' pour raconter à ma fille les années 1970, je veux dire, c'est... voilà! Il y a plein de choses donc... il y a des envies, des fois je les réalise, parce qu'elles maturent suffisamment de temps et que l'actualité ne me bouffe pas trop. L'actualité, quand je dis ça c'est que l'actualité des fois elle me force à écrire quelque chose, parce qu'elle est trop... elle m'agresse trop dans mes idées, dans ma façon de concevoir la vie et dans ce cas-là il devient urgent que j'écrive quelque chose et j'oublie parfois des idées qui sont là depuis cinq ans, six ans, sept ans, huit ans, donc on verra. Mais le polar, j'y reviendrai, c'est sûr.

The next novel is a science fiction work, a space opera, nothing else, on the other hand I will go back to the thriller immediately after because... for a long time I've had the desire to write a thriller, I lacked a subject, there was a long period when I needed to develop it in my mind, I needed to envisage writing in another way. Now that I have gone through that first experience which went very well indeed, to my great surprise - not the experience because that was very difficult for me but the result was gratifying, my only desire is to start again, that is as soon as possible. But I don't want to abandon science fiction either as I don't want to... I don't want to deprive myself of anything, I also have a fantasy novel in mind, I have a historical novel in mind, also I would like to write a fictitious novel about myself that I would call 'mythography' in order to tell my daughter about the seventies, I mean, it is... there you have it. There are lots of things that... There are desires; sometimes I achieve them, because they develop a sufficient amount of time and because present events don't swallow me too much. Present events, when I say that it's because those events sometimes force me to write something, because they are too... they assault my thoughts, my concept of life and in that case it becomes urgent that I write something and I forget sometimes the ideas that were there for six seven eight and nine years, so we'll see. But the thriller I'll come back to it that is certain.

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Updated Sunday 16th May 2010

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