up

Articles de La Guinguette - 2004 - juin - culture


Chercher les traductions
Articles de La Guinguette - Articles à traduire
Index (php)
Index (htm)
Statistiques (php)
Statistiques (htm)
Année
Catégorie actualité culture société
Mois
Présentation seul côte à côte
^^ article ^^ << paragraphe précédent (01) paragraphe suivant (03)>>

Marie-Antoinette: le pouvoir halluciné d'une femme

Marie-Antoinette: The extraordinary imagined power of a woman

Nous sommes en 1789, à la veille de la Révolution. Le peuple français en a assez de payer des impôts qui augmentent sans cesse pour financer des guerres qu'il n'approuve pas. La reine Marie-Antoinette est la cible de violentes critiques. Elle dépense sans compter, est soupçonnée d'exercer une mauvaise influence sur le gouvernement.

We are in 1789 just before the Revolution. The French people have had enough of paying taxes which keep going up to finance wars which they do not approve of. The Queen Marie-Antoinette is the target of violent criticism. She spends without counting the cost, she is suspected of exerting a bad influence on the government.

Voilà pour le côté rationnel de la critique, en tout cas. Mais la forme que la haine va prendre va montrer une autre face de la Révolution. Un extrait du pamphlet «Bordel Royal» donne le ton:

That is the rational side of the criticism in any case. But the form the hatred is going to take is going to show another aspect of the Revolution. An extract from the pamphlet "Royal Household" gives the tone:

Marie-Antoinette: Nous vous plaignez point, l'Abbé... Je vous ai fait donner un évêché pour avoir dix fois arrosé mon jardin. Vous avez outre cela de bonnes abbayes. Que vous faut-il davantage? L'Abbé, prenez en main votre arrosoir, arrosez mon jardin.
L'évêque: Votre jardin est comme une éponge, et même plus qu'une éponge : car sitôt qu'elle peut contenir l'eau elle cesse de boire. Au contraire, votre jardin reçoit toujours de l'eau sans pouvoir jamais avoir une humidité suffisante.

Marie-Antoinette: Do not complain to me Abbott. I had to give you a Bishop's Palace in order to have my garden watered ten times. Apart from that you have good Abbeys. What does it do to your benefit? Abbott, take your watering can in your hand and water my garden.
Bishop: Your garden is like a sponge, well more than a sponge: because as soon as the sponge is full of water it stops drinking. On the other hand your garden always receives water without ever being able to have sufficient dampness.

C'est l'un des textes les moins sulfureux. Orgiaste, lesbienne, amateur d'inceste... les évocations de Marie-Antoinette parlent en réalité beaucoup plus de la psychologie de leurs auteurs que de la vie à Versailles. Et elles sont le sujet de «La reine scélérate», un livre passionnant de l'historienne Chantal Thomas.

It is one of the texts the least fiendish. Participant in orgies, lesbian, lover of incest, the mentions of Marie-Antoinette tell us in fact much more about the psychology of their authors than of the life of Versailles. And they are the subject of "The Wicked Queen", a fascinating book by the historian Chantal Thomas.

D'autres femmes avant qui étaient trop visibles avaient suscité ce genre de choses, je pense à des favorites, par exemple, madame Dubarry, mais elle, comme elle était vraiment l'épouse du Roi elle a concrétisé tout ça. Mais les thèmes qui reviennent sur elle, les attaques, par exemple, qu'elle était étrangère, ça, ça fait partie des schémas intemporels du bouc émissaire, parce que par exemple toutes les reines étaient étrangères. Il n'y a jamais eu d'autres reines que des reines étrangères. Par définition un roi pouvait épouser qu'une étrangère, et elle, elle était moins étrangère qu'une autre, parce que son père était Duc de Lorraine. Donc ce qui est intéressant avec elle c'est que se met en place une configuration du bouc émissaire incarné par une femme qui est supposée avoir le pouvoir.

Other women before who were too visible, had aroused this type of thing, I am thinking of some favourites, for example, Madame Dubarry, but she, as she was not really the wife of the king, she really did all that. But the topics which keep coming back about her, the attacks for example that she was a foreigner, that, that makes it part of the timeless pattern of the scapegoat, because for example, all the queens were foreigners. There had never been queens other than foreign queens, and she, she was less foreign than some, because her father was the Duke of Lorraine. So what is interesting about her is that a set-up was put in place of a scapegoat played by a woman who is assumed to have power.

Dans son analyse fine et très persuasive, Chantal Thomas explique comment des archétypes du monstre femelle sont plaqués sur la reine. Pour cette directrice de recherches au CNRS, ces textes sont révélateurs de la nature d'une révolution qui, malgré son affirmation des valeurs universelles, est restée très masculine dans les faits:

In her detailed and very persuasive analysis, Chantal Thomas explains how the stereotypes of the female monster were foisted onto the Queen. For this director of research at CNRS, these texts reveal the nature of the Revolution which despite its claims of universal values remained very masculine in its acts.

Ca dit quelque chose et là il y a eu des travaux aussi aux États-Unis très importants là-dessus, par Lynn Hunt en particulier, sur le corps féminin pendant la Révolution et comment au fond la révolution qui a libéré, c'est évident, elle a aussi mis en place une sorte d'idéal révolutionnaire du héros révolutionnaire qui est profondément virile. Et la république a un idéal viril et la citoyenne est celle qui va... - qui en un premier temps découvre une liberté, c'est sûr - mais elle est aussi celle qui a pas d'impact politique. Toutes les femmes guillotinées, on l'a dit, mais c'est important de le redire, avaient aucune raison d'être guillotinées parce qu'elles n'avaient aucun poids politique, elles avaient aucune participation réelle à la vie politique. Et la citoyenne est celle qui donne des citoyens à l'état. C'est son corps de mère, c'est la mère qui est honorée.

That tells something and then there was some work also in the USA, very important specially that by Lynn Hunt in particular on the feminine component during the Revolution how at the bottom it liberated, that's obvious, it also put in place a sort of ideal revolutionary of the revolutionary hero who is profoundly male. And the republic had a male ideal and the female citizen is that one who is going to - in the first place discovers liberty that's sure, but she is also that one who has no political impact. All the women guillotined, we have said it before, but it is important to say it again, had no reason to be guillotined because they had not political weight; they had no real participation in political life. And the female citizen is the one who give citizens to the state. It is the body of the mother; it is the mother who is honoured.

Marie-Antoinette est aussi le sujet de «Les adieux à la reine», le premier roman de Chantal Thomas. C'est un récit fictif des derniers jours de la monarchie, vus par un personnage qui a existé: Agathe-Sidonie Laborde, ancienne lectrice de la reine.

Marie-Antoinette is also the subject of "Farewell, my Queen", the first novel of Chantal Thomas. It is a fictitious account of the last days of the monarchy seen by a person who really existed: Agathe-Sidonie Laborde, a former reader of the Queen.

C'est un livre qui est vraiment fait d'un tissage entre des mémoires de l'époque, en particulier Alexandre de Tilly, les mémoires d' Alexandre de Tilly, les mémoires de madame Campan, les mémoires du Prince de Ligne, les mémoires de Jacob Nicolas Moreau, l'historiographe. J'ai lu tout ce qui était possible comme mémoires, vous voyez, et souvent, c'est... ce que j'ai gardé c'est un tout petit... un tout petit... un geste. Par exemple que Marie Antoinette avait deux démarches, une officielle, et une privée, voilà, et la règle du jeu que je me suis donnée c'est de garder un maximum de choses vraies, et puis de ce tissage et de cette rencontre entre des mémoires authentiques et la projection imaginaire, faire un tissu continu. Et c'est ça qui a pris beaucoup de temps à vrai dire, que, voyez, il y ait pas de rupture entre ce que j'ai été obligée d'inventer, par exemple les tête-à-tête entre la reine et madame de Polignac et par contre ce que j'avais lu... et même il y a des choses qui sont des transcriptions littérales, la manière dont le roi et ses frères vont au Jeu de Paume, je l'ai pris dans la Gazette de France, je crois. Donc il y a un vrai travail avec des matériaux d'époque.

It is a book which is really made from weaving the memoirs of the time, in particular Alexandre du Tilly, the memoirs of Alexandre du Tilly, the memoirs of Madame Campau, the memoirs of the Prince of Ligne, the memoirs of Jacob Nicolas Moreau, the historian. I read all that was possible as memoirs you see and often, it... what I kept was a little bit, a little bit, a gesture. For example, Marie-Antoinette had two gaits, one official, one private, here you are and the game rules which I gave myself were to keep a maximum of true things and then this weaving this meeting between authentic memoirs and imaginative projection makes for a continuous fabric. And what took a lot of time to tell you the truth, that, you see, there may have been this break between what I was obliged to invent, for example, the tête-à-tête between the Queen and Madame de Polignac and on the other hand what I had read... and even there are, there are some things which are literal transcriptions, the way in which the king and his brothers go to the tennis game, I took that from the French Gazette I believe. So there is real work with the materials of the time.

«Seul le Roi allait de l'avant. Le comte de Provence et le comte d'Artois étaient plus réticents. Le Roi, grand, massif marchait pesamment, avec son dandinement disgracieux, et cet air qu'il avait toujours de faire tout ce qu'il faisait contre son gré. Pour le comte de Provence, ce n'était pas une corvée, mais un supplice: Monsieur se traînait. Petit, obèse, ankylosé des membres inférieurs, il avait du mal à se déplacer. Les méchants appelaient le comte de Provence «Gros Monsieur» et il faut avouer, sans être méchant, que le surnom lui allait bien, comme celui de «Grosse Madame» à leur soeur Clotilde, mariée en Italie. On mettait sur les pavés de la paille et du fumier pour empêcher les chevaux de déraper. Monsieur, dont les souliers brillaient de leurs boucles en pierreries, contemplait la chose avec dégoût.»

"Alone, the King went ahead. The Count of Provence and the Count of Artois were more reticent. The King, big, weighty, walked heavily with his unsightly waddle and his appearance that he always had that everything he was doing was against his will. For the Count of Provence this was not a chore, but a torture: the gentleman was dragging himself along. Little, obese, suffering from anchylosis[1] of the lower limbs, he had difficulty just moving. The malicious called the Count of Provence "Fat Lord" and it has to be admitted, while being malicious, that the nickname suited him well, as that of "Fat Lady" suited his sister Clotilde, married in Italy. They were putting on the cobble stones, straw and dung to prevent the horses from slipping. His Lordship, whose shoes glistened with buckles and precious stones, was considering the matter with disgust."

Il y a certaines scènes que j'ai écrites, hors du savoir et après j'ai réinjecté du savoir. Par exemple, ce qui était fondamental, c'est la première scène de lecture entre la reine et Marie Antoinette. Ca, je l'ai écrite comme ça, et ensuite je suis allé à Trianon, etc. pour pas être, si vous voulez, pour pas être bloquée: par ce qui serait là et que je ne pourrais pas bouger après.

There are some scenes which I wrote without knowledge and afterwards I put some knowledge back in. For example, what was fundamental, it is the first scene of the reading between the Queen and Marie-Antoinette. That one, I wrote it like that and then I went to Trianson in order not to be, if you like, in order not to be blocked in by what might be there and that I would not be able to remove later.

«Une femme de chambre me tendit une tasse de café. Dans mon émotion, je l'avalai trop chaud. La table était prête, et le tabouret sur lequel, quand elle m'en fit le signe, je m'assis. La gorge brulait. Je commençai mal, d'une voix qui me parut sans doute plus éraillée qu'elle ne l'était, et qui me mit mal à mon aise. J'avais pensé lire d'abord, en lecture frivole, La Vie de Marianne, car Marivaux plaisait à la Reine, puis continuer sur un récit de voyage, enfin achever sur les quelques pages de lecture pieuse (des extraits des sermons de Bossuet ou des oraisons funèbres de Fléchier) que, depuis son arrivée à Versailles et en obéissance aux recommandations de sa mère, l'Impératrice Marie-Thèrese, la Reine devait écouter quotidiennement. L'Impératrice était morte depuis neuf ans maintenant, mais j'observais qu'avec les années, ses ordres, loin de perdre en force, n'avaient fait qu'en gagner, et même si elle subissait comme malgré elle, la Reine ne cherchait plus à s'y soustraire.»

"A chamber lady held out a cup of tea to me. In my emotion, I swallowed it too hot. The table was ready and the stool on which, when she gave me the sign, I sat. My throat was burning. I started badly in a voice which seemed to me without doubt hoarser than it really was and which did not put me at ease. I had thought of reading straight away with a frivolous reading the Life of Marianne because the Queen liked Marivaux, then to continue on a tale of a journey, finally to finish with some pages of pious reading (some extracts from the sermons by Boussuet or some funeral addresses by Fléchier) which from her arrival in Versailles had in accordance with the recommendation of her mother, the Emperatrice Marie-Thérèse, the Queen ought to hear every day. The Emperatrice had died nine years before but I observed that with the years, her orders, far from loosing their force had only gained force, so even if she was permitting them in spite of herself, the Queen was no longer searching to take anything away from them."

Marie-Antoinette a été guillotinée en 1793. La justice révolutionnaire, croyant dans sa propre propagande, a même lancé le procès sur des accusations d'inceste, avant de réaliser à l'évidence, contrée par une reine digne et ferme dans ses dénégations, qu'il n'y avait pas la moindre raison de soutenir les fantasmes des pamphlétaires. C'est donc pour trahison que Marie-Antoinette a finalement été condamnée à payer de sa vie.

Marie-Antoinette was guillotined in 1793. The revolutionary judiciary, believing its own propaganda even started a trial on a charge of incest before finding in its examination of the evidence fended off by a dignified queen firm in her denials, that there was not the least reason to support the fantasies of the pamphleteers. It is then for treason that Marie-Antoinette was finally condemned paying with her life.

Mais malgré tout le temps qu'elle a passé dans la compagnie de la reine, Chantal Thomas n'est jamais tombée complètement amoureuse de son sujet:

But despite all the time which Chantal Thomas has spent in the company of the Queen, Chantal Thomas has never fallen completely in love with her subject.

Non, c'est étrange, hein? Voyez elle est dans «La reine scélérate» elle est une figure qui m'intéresse comme une sorte de modèle de jusqu'où peut aller l'exécration et la focalisation sur un pouvoir halluciné d'une femme, dans «Les adieux à la reine» elle est au coeur d'un monde qui est en train de s'effondrer. Ce que j'aime en elle, c'est sa... la manière dont elle n'a pas bougé au fond de ses convictions, même si c'est pas du tout les miennes, et puis, une sorte d'assurance d'elle-même et de sa cause qui lui est venue avec le malheur. Comment le malheur, loin de l'abattre, l'a révélée à elle-même, et ça, c'est quelque chose que j'estime, mais je ne peux pas... Vous voyez comme elle n'a pas laissé de mémoires, il n'y a quand même peu de lettres, c'est difficile de s'approcher proche de l'intériorité de quelqu'un, donc c'est plus un personnage pris dans une démonstration pour «La reine scélérate» et ou bien une silhouette comme ça, très belle, mais...

No, it is strange, isn't it. Look, in "The Wicked Queen" she is a figure who interests me as a sort of model of where loathing can go and the focus on the imagined power of a woman, in "Farewell my Queen", she is at the heart of a world which is collapsing. What I like about her is her..., the way in which she did not move, underlying her convictions, even if they are not at all mine, and then a sort of self assurance and of her role which has come to her with bad luck. Bad luck, far from knocking her down, has shown her as she really is, and that is something which I admire, but I cannot... You see as she did not leave any memoirs, there weren't even many letters, it is difficult to get close to the inner being of someone so it is more a personality seen from the outside for "the Wicked Queen" or else a silhouette like that, very beautiful, but...

Chantal Thomas a gagné le prix Femina pour «Les adieux à la reine» en 2002 et est maintenant lancée dans d'autres projets:

Chantal Thomas won the Femina Prize [2] for "Farewell, my Queen" in 2002 and has now started on other projects.

Là, je fais une pièce de théâtre, pour Alfredo Arias, le metteur en scène argentin, mais qui vit en France depuis longtemps, et qui n'a rien à voir avec ça... et l'autre projet il est... c'est autour de l'idée d'un roman de formation, et justement de quoi on est constitué, comment le temps perdu... C'est une sorte de recherche du temps perdu, pour être maintenu tel quel. C'est un éloge du temps perdu.

Well, I am going a theatre play with Alfredo Arias, the Argentinean director but who has been living in France for a long time and which has nothing to do with this, and the other project is, it is around the idea of a training novel, and what exactly we are made of, how time passes. It is a sort of search for lost time to be kept as it is. It is an eulogy to A la recherche du temps perdu [3].

Ses oeuvres sont disponibles en traduction, mais il ne faut pas être paresseux! Osez, donc, les versions originales.

Her works are available in translation but you must not be lazy! Dare, then, read the original versions.

$Id: 2004_06_cul_fr.htm 17 2010-04-03 11:44:00Z alistair $

[1] Anchylosis - a condition which causes bones to join and joints to seize.

 

[2] Prix Femina - Prestigious prize awarded annually by the magazine Femina for feminine literature.

 

[3] A la recherche du temps perdu - A monumental work of twentieth-century fiction published in seven parts from 1913 to 1927 by Marcel Proust.

 

$Id: 2004_06_cul.htm 4 2010-02-03 20:03:32Z alistair $


With questions or for more information, please contact Alistair Mills alistair.mills@btinternet.com
Updated Sunday 16th May 2010

Valid HTML 4.01 Transitional