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Articles de La Guinguette - 2002 - aout - culture


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Playtime de Jacques Tati

Playtime by Jacques Tati

Il y a pas une chose. C'est évident qu'il faut conjuguer plusieurs approches pour pouvoir essayer de cerner ce qui est spécifique chez lui, mais il y a effectivement un sens de l'observation unique qui le singularise par rapport à l'histoire du genre burlesque, c'est-à-dire faire un comique au plus proche du quotidien, qui, du coup, a une ambition très forte qui est de changer le regard qu'on porte sur le quotidien, hein... Il disait, de manière très, très belle que Playtime, le film, commençait vraiment quand on quittait la salle, c'est-à-dire que Playtime, c'est le temps d'être formé à un autre regard, plus exigeant, plus distancié, plus drôle aussi, et que, du coup, c'est vraiment quand on quitte la salle et qu'on est confronté au réel que ce regard doit s'exercer; ça, ça fait vraiment une spécificité par rapport au genre burlesque, mais il y en a mille autres, à commencer effectivement par tout ce travail sur le son qui est absolument unique et qui lui vaut la reconnaissance éternelle de ses pairs. C'est évident que les cinéastes qui travaillent aujourd'hui sur le son sont des gens qui aiment beaucoup Tati, je pense à Lynch par exemple, mais à d'autres encore.

It's not one thing. It is obvious that you need to combine many points of view in order to be able to try to discern what is specific to him, but there is really a unique sense of observation which singles him out with regard to the history of the burlesque genre, that's to say to make comedy about everyday life, which, as a result, has an intense desire to change the view we have of day to day life... he used to say in a very, very endearing way that Playtime, the film, really started when we left the cinema, which is to say that Playtime, is the time when we take another look, more demanding, more distant, funnier as well, and that, as a result, it's true that when we leave the cinema and we are confronted with reality then this critical look must be exercised; that, that is really specifically with regard to the burlesque genre, but there are thousands more, to start in fact with all this work on the sound which is absolutely unique and for which his peers are endlessly grateful to him. It is obvious that the film makeers who work with the sound today like Tati very much. I am thinking of Lynch for example, but others too.

Stéphane Goudet fait l'éloge du réalisateur/acteur Jacques Tati qui est de retour à l'affiche en ce moment. Son film Playtime vient d'être remasterisé pour sortir dans les salles dans le format de luxe 70mm.

Stephane Goudet praises the film-maker/actor Jacques Tati who is returning to the cinemas now. His film Playtime has just been remade to come out in the cinemas in the 70mm de luxe format.

Pour beaucoup de critiques, Playtime qui date de 1967, est le chef d'oeuvre de Tati.

For many critics, Playtime, which dates from 1967, is Tati's masterpiece.

L'histoire commence en suivant un groupe de touristes qui ont pour projet une visite en Europe, comprenant une capitale de pays par jour. D'abord, c'est une histoire d'aliénation. On se moque de la similitude des villes modernes, on jette un regard ironique sur les gadgets de plus en plus sophistiqués: des portes qu'on peut claquer sans bruit, des balais équipés de phares ...

The story begins by following a group of tourists who have a plan to visit Europe, to include one capital of a country each day. To begin with, it is a story of hostility. They make fun of the similarity of modern towns, they cast an ironic eye over the increasingly sophisticated gadgets: the doors they can close without noise, the brooms equipped with head lights...

L'urbanisme moderne est donc mis en scène, avec ses facilités mais aussi ses incongruités. De quoi rendre l'homme moderne perplexe et hésitant, égaré. On suit des personnages à travers des dédales de couloirs dans des grands immeubles vitrés. On passe d'un immeuble à un autre immeuble pratiquement identique, c'est d'abord un hôpital, puis un aéroport, et... une banque. Partout le même mobilier, l'administration, l'attente, les rencontres fortuites, c'est ça la vie...

Modern urbanism is put on stage, with its ease and also its incongruities. What makes modern man perplexed and hesitant, lost. We follow the people through the maze of corridors in the big, glass buildings. We pass from one building to another practically identical, first it is a hospital, then an airport, and... a bank. Everywhere the same furniture, the administration, the waiting, the fortuitous meetings, that's life...

Mais petit à petit les gens qui sont perdus se retrouvent, ils arrivent à avoir un vrai contact et même à profiter de ce cadre qui est à la fois froid et à la fois fascinant. C'est une parabole sur la manière dont les gens s'accomodent à la vie moderne. La force est que ça résiste à toute interprétation simpliste. C'est aussi un document historique - tout l'oeuvre de Tati est une forme de récit sur l'arrivée de la modernisation - et un film qui traite de thèmes très contemporains. Le metteur en scène Jérôme Deschamps a pris en charge le projet de restauration du film:

But little by little the people who were lost get to know one another, they are able to have real contact and even profit from this place which is at the same time both cold and fascinating. It is a parable on the way people accommodate themselves to modern life. The strength is that it resists all simplistic interpretation. It is also historical footage - all the work of Tati is an account of the arrival of modernisation - and a film which deals with very contemporary themes. The director Jerome Deschamps was responsible for the restoration of the film:

Moi, je trouve que c'est une oeuvre importante, mais pas seulement aujourd'hui. Je pense que Tati nous apprend à regarder le monde autrement, vraiment. D'abord il se pose en permanence la question de sa présence dans la société, Tati. Tati il est... c'est comme un personnage. C'est un personnage un peu... c'est un peu comme un enfant. Il est un peu sur un fil, c'est-à-dire que c'est un personnage qui se demande tout le temps s'il doit participer au monde ou pas, au fond. Et il regarde le monde avec perplexité. A la fois il y va avec enthousiasme et maladresse d'ailleurs, et c'est pour ça qu'il est drôle parce qu'il est drôle sans le faire exprès, et à la fois il est comme un enfant qui a envie de prendre la fuite et de ne pas participer, voilà.

I think it is an important work, but not just for today. I think that Tati teaches us to look at the world another way, really. First of all he continually asks himself the question about his place in society, Tati. Tati is... he is quite a character. He is a character a bit... a bit like a child. He is a just [hanging] from a thread, that's to say he is a character who asks himself all the time if he has to participate in the world or not, basically. And he looks at the world and is perplexed. At the same time he is enthusiastic and awkward as well, and it's for that that he is funny because he is funny without doing it intentionally, and at the same time he is like an infant who wants to take flight and not take part, you see.

Il n'y a pas de vrais dialogue. Des bruits et des borborygmes, plutôt que des phrases cohérentes, sont plaqués sur le jeu des acteurs. Tati adorait le cinéma muet et ne voulait pas que des paroles prennent la place des gestes: d'ailleurs c'est grâce à son talent pour le mime que sa carrière a commencé. Son génie était d'exploiter la sonorisation à cette fin. Stéphane Goudet vient d'écrire un livre sur Playtime:

There is no real dialogue. Noises and rumblings, rather than coherent phrases, are tacked on to the acting. Tati adored the silent cinema and didn't want words to take the place of actions: besides it is thanks to his talent for mime that his career started. His genius was in exploiting the soundtrack to that end. Stephane Goudet has just written a book on Playtime:

C'est un paradoxe: en fait, tout commence par le corps et par le don du mime, c'est vraiment un mime exceptionnel et important, non seulement dans les numéros qu'on connaît de lui mais dans la vie de tous les jours, parce qu'il avait vraiment un esprit très facétieux, qu'il aimait beaucoup faire des farces, mettre en scène des gags dans la vraie vie, et puis, progressivement, plus son cinéma avance et moins il est mime et plus il est cinéaste.

It's a paradox: in fact, everything starts with the body and with the gift of mime, it is truly an exceptional and important mime, not only in his acts that we know but in every day life, because he truly had a very mischievous spirit, he very much liked farce, staging gags from real life, and then, gradually, the more his filming advances the less he is miming and the more he is directing.

Il s'agit de faire entendre le monde autrement, donc forcément, c'est une ambition formidable, et, du coup, c'est déterminant dans l'histoire du cinéma, c'est-à-dire qu'il renverse les rapports entre la parole et le son, le bruit, en revalorisant le bruit au détriment de la parole, et ça, évidemment que ça a des conséquences sur l'histoire du cinéma, et que ça crée une date dans l'enregistrement des images et des sons.

It's about making the world hear differently, inevitably, it's a tremendous ambition, and, as a result, it is a landmark in the history of the cinema, which is to say that he reversed the relationship between the word and the sound, the noise, by increasing the value of the noise to the detriment of the word, and that, obviously, had consequences for the history of the cinema, and so that created a milestone in the recording of images and sound.

Oui, je crois qu'il a vraiment inventé quelque chose. Il a inventé une façon d'attirer l'attention, c'est-à-dire que il y a beaucoup de cinéastes, en particulier dans le muet finalement, et pour cause: on attirait l'attention du spectateur par des gags absolument visuels ou des actions absolument visuelles. Tati, au fond, il a fait quelque chose de tout à fait incroyable, c'est-à-dire que il a... il s'est servi du son avec décalage par rapport à ce qui se passe dans l'image, c'est-à-dire que, si on peut dire qu'on regarde l'image avec un point de vue et qu'on entend avec un point d'ouïe, si on peut dire, hein... il a décalé les choses, c'est-à-dire que il attire par exemple notre attention à l'aide du son sur un événement qui se passe à une distance telle dans l'image qu'on devrait l'entendre beaucoup plus bas. Et lui, Tati, il se sert de ça pour le faire arriver au premier plan ou ailleurs, ou même quelquefois, il utilise un son qui n'est pas le son juste, qui est un son décalé. Par exemple il y a un exemple très simple, c'est par exemple la partie de tennis où le son de la percussion de la raquette et de la balle, c'est un son qui n'est absolument pas réaliste. Et c'est ça qui fait qu'il nous plaît, d'ailleurs... C'est pas le bon son, donc c'est le bon son.

Yes, I think that he has really invented something. He has invented a way of attracting attention, that is to say there are many directors, in particular in the silent films at the end, and for a reason: they used to attract the attention of the audience with gags which were completely visual or actions which were completely visual. Tati, basically, did something completely incredible, that's to say that he used sound with shifted in time from what was happening in the picture, that's to say that, you can say that you look at an image from one point of view and that you hear from another point of hearing, if you can say that... He shifted things, that's to say he attracts our attention with the help of the sound of something which is happening in the distance in the image that we ought to hear much lower. And to him, Tati, he makes use of that to make it work in the foreground or somewhere else, or even sometimes, he uses a sound which isn't a true sound, which is an unconventional sound. For example, there is a simple example, for example the game of tennis where the sound of the percussion of the racquet and of the ball, is a sound, this is a sound which isn't absolutely realistic. And it's that which pleases us, moreover... It's not the correct sound which is the pleasing sound.

Tati est mort en 1982 en nous léguant ses films. Si son talent est très reconnu dans le milieu professionnel du cinéma, il est un peu oublié du grand public. Il s'agit donc de le redécouvrir maintenant. Jérôme Deschamps:

Tati died in 1982 bequeathing to us his films. Whilst his talent is well recognised in professional film circles he is rather forgotten by the public at large. It's a matter of rediscovering him now. Jerome Deschamps:

On ne fait pas qu'un geste patrimonial. On pense que c'est vraiment une oeuvre dont on a besoin aujourd'hui.

We are not just making a cultural gesture. We really think it is a work which we need today.

Je crois qu'il y a beaucoup de gens qui vont le découvrir tout simplement. Il y a beaucoup de jeunes qui savent même pas ce que c'est, et donc il y a un manque à gagner très important pour eux. Maintenant est-ce que le public va revenir massivement? Si j'en juge par l'enthousiasme du public pendant les projections, on peut l'espérer.

Quite simply I think that there are many people who are going to discover it. There are many young people who don't even know what it is and there is something missing to be gained which is very important for them. Is the public going to return in large numbers? If I judge it by the enthusiasm of the audience during the [test] screenings, we hope so.

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Updated Sunday 16th May 2010

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