upAlistair - 11 octobre 2007 (Mon expérience islamique)


la lecture de Alistair

Construit en 1930 en plein coeur du Caire, l'Immeuble Yacoubian est le vestige d'une splendeur révolue. Aujourd'hui à travers les chemins des habitants qui s'y croisent, se dessine un portrait sans fard de l'Egypte moderne, où se mêlent corruption politique, montée de l'islamisme, fracture sociale, absence de liberté sexuelle et nostalgie du passé. Le roman « L'Immeuble Yacoubian » est le portrait d'une société complexe et colorée, surprenante et attachante.

Le livre m'a rappelé mon expérience islamique. Il y a vingt ans, j'ai passé quelques mois à Abou Dhabi aux Emirats Arabes Unis. Je travaillais au siège de l'entreprise ADNOC, la Société Nationale Pétrolière d'Abou Dhabi. ADNOC est une grande entreprise qui a des milliers d'employés. C'est l'unique fois dans ma vie où j'ai habité dans un pays arabe et islamique. Pour les étrangers, la vie quotidienne de tels pays est étonnante. L'apparence d'Abou Dhabi est très moderne, mais la société arabe est ancienne.

J'habitais dans un immeuble qui avait cinq ans.  Dans ses quarante appartements répartis sur dix étages, vivait un mélange de gens de partout. Je ne connaissais pas mes voisins. Au rez-de-chaussée se trouvait un concessionnaire de Mercedes. Mon appartement était énorme, climatisé et avait tous les confort modernes: lave-vaisselle, lave-linge, etc. Mais je ne devais pas les utiliser, car un jeune homme, qui s'appelait Abdul, venait tous les jours pour faire le ménage, même le repassage. La société est masculine. Dans les rues, il n'y a pas beaucoup de femmes.

Les appels à la prière ont lieu cinq fois par jour du matin au soir. Les appels sont très forts, car il y a des mégaphones sur les mosquées qui se trouvent à tous les coins de rues. Tout le monde habite à moins de cent mètres d'une mosquée. Les horaires des appels changent chaque jour et quand les mégaphones sonnent, les musulmans s'arrêtent, quoi qu'ils fassent et vont à la mosquée. Les magasins ferment ! Les affaires s'arrêtent. Les mosquées se remplissent. Tous les musulmans sont à genoux et ils font leurs prières. Au travail, il n'y a pas de mosquées, mais il y a des salles dédiées à la prière. Pendant les appels à la prière, il y a un tas énorme de sandales à l'extérieur de ces salles !

Les entreprises étrangères ne peuvent pas traiter les affaires directement avec une société locale. On doit avoir un agent arabe. Le nôtre s'appelait Ahmed. Il connaissait bien le monde arabe et occidental. A mon arrivée, je suis allé à son bureau pour me présenter à lui. C'était le premier jour du Ramadan, le mois saint du calendrier islamique. Il m'a expliqué que pendant ce mois, les musulmans ne mangent pas, ne fument pas, ne boivent pas, entre l'aube et le crépuscule. « Mais » a-t-il ajouté, « ces règles sont valables en dehors de mon bureau », et immédiatement il a allumé un grand cigare !

C'était l'époque d'avant la télévision par satellite et de l'Internet. Tous les soirs, il y avait des nouvelles à la télévision, premièrement en arabe, puis en français, enfin en anglais. A cette époque je ne comprenais pas bien le français, mais j'étais étonné que la langue européenne préférée ne fût pas l'anglais. ADNOC et Total avaient un accord et il y avait beaucoup de Français qui y travaillaient. C'était la première fois pour moi que je rencontrais le monde francophone en dehors de l'Europe. Plus tard, je l'ai retrouvé au Brésil.

Revenons à nos moutons ! Quand j'étais à Abou Dhabi, je n'ai pas constaté le comportement dont notre auteur parle dans le livre, mais je le crois. J'étais un ingénieur étranger qui ne comprenait pas l'arabe. Je pense que l'on peut écrire une histoire similaire d'un tel immeuble dans la plupart des pays du tiers monde. On peut la raconter d'un immeuble brésilien, peut-être à Rio de Janeiro ; on doit supprimer l'islamisme et l'absence de liberté sexuelle, mais la corruption politique, la fracture sociale et la nostalgie du passé peuvent rester les mêmes. La domination de la classe moyenne et la frustration de la classe pauvre restent. La moralité du loup et de l'agneau domine.

Peut-être que dans soixante ans, un écrivain sortira un roman sur la vie quotidienne des habitants de l'immeuble où j'habitais à Abou Dhabi !


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Updated October 14, 2007

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Dernière mise à jour le 14 octobre 2007