upAlistair - 27 septembre 2007 (Mon expérience islamique)


la lecture de Alistair

Construit en 1930 en plein cœur du Caire, l’Immeuble Yacoubian est le vestige d’une splendeur révolue.  Aujourd’hui à travers les chemins des habitants qui s’y croisent, se dessine un portrait sans fard de l’Egypte moderne, où se mêlent corruption politique, montée de l’islamisme, fracture sociale, absence de liberté sexuelle et nostalgie du passé.  Le roman « L’immeuble Yacoubian » est le portrait d’une société complexe et colorée, surprenante et attachante.

Le livre m'a rappelé mon expérience islamique.  Il y a vingt ans j’ai passé quelques mois à Abou Dhabi aux Emirats Arabes Unis.  Je travaillais dans le siège de l’entreprise ADNOC, la Société Nationale Pétrolière d’Abou Dhabi.  ADNOC est une grande entreprise qui a des milliers d’employés.  C’est l’unique fois dans ma vie où j'ai habité dans un pays arabe et islamique.  Pour les étrangers, la vie quotidienne de tels pays est étonnante.  L’apparence d’Abou Dhabi est très moderne, mais la société arabe est ancienne.

J’habitais dans un immeuble qui avait cinq ans.  L’immeuble avait dix étages et quarante appartements.  Dans les appartements vivaient un mélange des gens de partout.  Je ne connaissais pas mes voisins.  Au rez-de-chaussée se trouvait un concessionnaire de Mercedes.  Mon appartement était énorme, climatisé et avait tous les conforts modernes, lave vaisselle, lave linge,  etc.  Mais je ne devais pas les utiliser, car un jeune homme, qui s’appelait Abdul, venait tous les jours pour faire le ménage.  La société est masculine.  Dans les rues, il n’y a pas beaucoup de femmes.

Les appels à la prière ont lieu cinq fois chaque jour du matin au soir.  Les appels sont très forts car il y a des mégaphones sur les mosquées, et une mosquée se trouve à tous les coins de rues.  Tout le monde habite à moins de cent mètres d’une mosquée.  Les horaires des appels changent chaque jour, et quand les mégaphones sonnent, les musulmans s'arrêtent quoi qu’ils fassent et vont à la mosquée.  Les magasins ferment !  Les affaires s’arrêtent.  Les mosquées se remplissent.  Tous les musulmans sont à genoux [1] et ils font leurs prières.  Au travail, il n’y a pas de mosquées, mais il y a des salles dédiées à la prière.  Pendant les appels à la prière, il y a un tas énorme de sandales à l’extérieur de ces salles !

Les entreprises étrangères ne peuvent pas traiter les affaires directement avec une société locale.  On doit avoir un agent qui est arabe.  Notre agent s’appelait Ahmed.  Ahmed connaissait bien le monde arabe et le monde occidental.  A mon arrivée, je suis allé à son bureau pour me présenter à lui.  C’était le premier jour de Ramadan, le mois saint du calendrier islamique.  Il m’a expliqué que pendant ce mois, les musulmans ne mangent pas, ils ne fument pas, ils ne boivent pas, entre l’aube et le crépuscule.  « Mais » il a dit, « ces règles appartient au dehors de mon bureau », et immédiatement il a allumé un grand cigare !

C’était l’époque avant la télévision par satellite, et avant l’Internet.  Tous les soirs il y avait des nouvelles à la télévision, premièrement en arabe, puis en français, enfin en anglais.  A cette époque je ne comprenais pas bien le français, mais j’étais étonné que la langue européenne préférée ne fût [2] pas l’anglais.  ADNOC et Total avait un accord, et il y avait beaucoup de Français qui y travaillaient.  C’était la première fois pour moi, que je rencontrais le monde de la francophonie au dehors de l’Europe.  Plus tard, je l’ai trouvé au Brésil.

Revenons à nos moutons !  Quand j’étais à Abou Dhabi, je n’ai pas constaté le comportement dont notre auteur parle dans le livre mais je le crois.  J’étais un [3] ingénieur étranger qui ne comprenait pas l’arabe.  Je pense que l’on peut écrire une histoire similaire d’un tel immeuble dans la plupart des pays du troisième monde.  On peut la raconter d’un immeuble brésilien, peut-être à Rio de Janeiro ; on doit supprimer l’islamisme et l’absence de liberté sexuelle, mais la corruption politique, la fracture sociale, et la nostalgie du passé peuvent rester les mêmes.  La domination des gens de la classe moyenne, et la frustration des gens de la classe pauvre restent.  La moralité de « Le Loup et l’Agneau » domine.

Peut-être que dans soixante ans un écrivain écrira un roman à propos de la vie quotidienne des habitants du bâtiment où j’habitais à Abou Dhabi !

{1} Être sur les genoux, c'est une expression familière pour dire 'être fatigué', on dit aussi 'être sur les rotules'

{2} Bien!

{3} À cause de la proposition relative qui suit. 
- Je suis ingénieur étranger / je suis un ingénieur étranger (les deux sont possibles, la deuxième est plus usuelle)
- Je suis un ingénieur qui.... / un ingénieur étranger qui ...


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Updated October 6, 2007

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Dernière mise à jour le 14 octobre 2007