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2004 08 soc french

Au quotidien, on se considère tous un petit peu comme des historiens de terrain, à contrario des historiens de grands noms ou renommés qui parlent de Napoléon et de tous ses maréchaux. A la limite en s’en fout de Napoléon, on s’en fout des maréchaux, même si c’est notre patron… mais on s’intéresse aux Dupont-Durant . Votre arrière-grand-père nous intéresse beaucoup plus qu’un maréchal. C’est pas que ce Maréchal nous intéresse pas, mais il y a des historiens qui ont écrit sur lui, et on va pas répéter sans cesse la même chose. Par contre le Dupont Durant qui est parti de sa campagne au début de l’Empire et puis qui a réussi à s’en sortir en 1815 pour redevenir sans doute pauvre, ça nous intéresse beaucoup.

Daniel Dieu, Président de la Féderation Française de Reconstitution Historique. Lui et quelques centaines de ses associés ont planté leurs bivouacs ce weekend à Sainte Hermine en Vendée. Pendant trois jours ils vont y vivre, dans les costumes et les coutumes de la Grande Armée de l’Empereur Napoléon premier:

Nous avons des mères de famille, nous avons des retraités, des militaires en activité, des civils, des étudiants, tous ceux qui s’intéressent un petit peu à l’histoire.

Des gens comme Jean-Paul Escalettes, qui vient de Toulouse pour y participer:

Je joue le rôle d’un général de division ingénieur géographe. Donc, sous l’Empire mon rôle c’était d’assurer tous les relevés topographiques, réaliser les cartes de batailles et en même temps assurer tout ce qu’on appelle globalement le renseignement, c’est-à-dire la reconnaissance de l’ennemi, mais aussi du terrain. Et c’est pour ça que je suis un des rares officiers autorisés en campagne à me mettre en civil. Là en premier c’est une table de relevés, c’est une table qui permet de travailler donc debout, ou avoir un plan, sur lequel on trace ce qu’on voit. J’ai une lunette pour prendre les directions, pour observer le terrain, j’ai d’autres matériels, des sextans, des compas, des niveaux optiques pour prendre les hauteurs, pour faire un travail de cartographe tout à fait traditionnel. Il y a des rôles avant, pendant et après la bataille. Alors avant, effectivement toute la partie de reconnaissance topographique, par exemple reconnaître les gués, le franchissement d’un cours d’eau à l’époque de Napoléon, avec les chevaux et les charettes, eh bien que ça, c’est extrêmement difficile, donc il faut bien repérer les cours d’eau et surtout les gués, ça a une importance stratégique. C’est vraiment des spécialistes donc c’est… au niveau, c’est… les subalternes, ce sont des lieutenants ou des capitaines, au niveau d’une armée, au niveau de la Grande Armée c’est un général, mais c’est des généraux de terrain, ils vont de l’avant. C’est eux qui sont des professionnels, donc ils délèguent pas. Par contre comme ils sont peu nombreux, ils sont comme ici protégés par une garnison. C’est des gens précieux qui savent faire, ils ont un savoir-faire, donc il faut pas qu’ils tombent aux mains de l’ennemi. Donc on met une garnison autour d’eux pour les défendre. Pendant la bataille, comme ils connaissent bien le terrain ils ont un rôle important comme conseillers de l’Etat Major, mais comme c’est aussi des officiers assez souvent ils font aussi le coup de feu, ils prennent une brigade, ils prennent une division, un bataillon, ils vont donner un coup de main de renfort, pendant la bataille, et il y a eu des généraux géographes qui ont été tués au cours des combats.

Et alors la phase après, après la bataille, quand il y a le temps, quand la campagne n’est pas trop rapide, c’est eux qui font les résultats, les relevés de bataille, et par exemple aux services des archives de l’armée à Paris on a les relevés, les plans de bataille… Marengo, la plus célèbre, à Marengo ils ont fait un relevé du terrain, les positions des troupes à différentes heures, par où on a attaqué, les noms des généraux, et tout. Donc ils faisaient en quelque sorte aussi le compte rendu cartographique.

Les ingénieurs géographes ont été formés sous l’ancien régime dans les écoles militaires royales et c’était d’excellents spécialistes et comme ils ont eu quand même vingt… plus de vingt ans de guerre ils se sont très bien perfectionnés sur le terrain et c’est cette génération d’ingénieurs, plus les jeunes qu’ils ont formés qui ont fabriqué la première carte Etat Major de France en 1880.

À l’aube d’une grande bataille qui est annoncée, réveil aux bivouacs.

À l’époque il y avait donc aucun moyen radio ou rapide, disons, de donner les instructions aux troupes. Donc, tout se transmettait par le tambour d’ordonnance. Une sonnerie pour telle action, une autre sonnerie pour telle autre action, hein… Il y avait ça donc, les sonneries, plus des drapeaux, des fanions. Le soir au bivouac ils faisaient des concours entre eux, les tambours, ils inventaient des choses de plus en plus compliquées, ils partaient d’une base et ensuite chacun brodait, ils faisaient, ils rajoutaient des choses, pour rendre plus compliqué, pour essayer que l’autre n’arrive pas à reproduire.

La reconstitution est méticuleuse jusqu’au dernier détail, même si dans ce jeu de rôles certaines limites s’imposent:

Bien, la cantinière c’était la bonne à tout faire des officiers, et la vivandière la bonne à tout faire des hommes. Maintenant bonne à tout faire… On oserait pas trop dire… Ça veut dire des femmes de petite vertu. Pas notre cas! Parce que… je crois pas qu’il serait d’accord.

Dans la vie civile, Jean-Paul Escalettes est un historien de grande renommée, connu surtout pour son travail sur la Bataille de Toulouse, qui a été son sujet d’études pendant 20 ans. Il vient de sortir «Des Grognards à Napoléon», une étude sur la nourriture des armées de Napoléon:

Pour employer un terme très français qui devrait parler, ils mangeaient réellement à la fortune du pot. C’est-à-dire qu’ils mangeaient ce qu’ils trouvaient. Le soldat en campagne, il mange quand il trouve quelque chose, donc à contrario ça veut dire que souvent il mange rien…

Dans la grande tradition française, les campagnes de Napoléon sont devenues en quelque sorte une tournée gastronomique du continent:

Et ils ont importé en France toutes ces spécialités, disons, de ce qui est devenu aujourd’hui l’Europe, qui à l’époque était l’étranger. C’est les conquérants qui ont été conquis par la cuisine des pays envahis. On a ramené d’Italie les pâtes, la goulash de l’Europe centrale, d’Espagne on a ramené le pois-chiche, enfin il y a plein de spécialités comme ça quoi, et dans l’autre sens aussi on leur a fait découvrir des choses comme notre pain.

Les leçons des anciens ne sont pas perdues pour leurs descendants:

On a pu là, pendant ce weekend, vraiment vivre comme ils vivaient à l’époque, c’est qu’ils arrivaient, on occupait le château et l’église parce que c’est un lieu stratégique, le château parce que, bon, il y a toujours de belles choses à piller, l’église parce qu’avec le clocher pour le géographe, ça permet… c’est un bon point de vue: on peut travailler. On a des arbres, on a des fruits, on a des pommes, on a des prunes, on a un potager avec des tomates… là, ils ont tué pour nous un mouton, donc on a réellement travaillé et mangé disons comme on faisait à l’époque et on a cuisiné les produits du terroir.

De ressentir un petit peu les peines, les douleurs, la douleur aux pieds, la vie au quotidien d’un troupier, même ne serait-ce que dans une quantité très très minime, ça nous fait beaucoup de bien de nous rapprocher d’eux, à travers le costume, à travers la vie quotidienne, à travers ce que l’on fait, l’odeur du feu du bois, la pluie quand elle est là, le froid, quand il faut dormir dans le bivouac, c’est très intéressant. Il y a une semaine encore nous étions à La Corogne en Espagne et on a passé 5 jours là-bas, il y avait des combats, il y avait la vie en caserne, avec des gens de toutes nationalités, des Russes, des Italiens, chacun parlant sa langue et en fin de compte on se comprenait tous très bien.

Napoléon est un chef lointain pour ces hommes de terrain, mais ça ne veut pas dire qu’ils manquent d’avis sur l’homme qui a connu tellement de gloire et tellement de peine sur les champs de bataille:

C’est pas qu’un génie parce qu’il a effectivement une vision, une appréhension, disons, de l’époque moderne: il y a le Code civil, qu’il faut lire, mais c’est pas son oeuvre, aussi, c’est quand même quelque chose de très moderne, c’est l’oeuvre d’une équipe, mais enfin il a su la prendre à son compte, il a su impulser une équipe, aujourd’hui on nous parle partout, dans les entreprises de travailler en équipe, et lui déjà il travaillait en équipe. Donc c’est quelqu’un qui d’un côté est extrêmement moderne, et d’un autre côté c’est quand même un officier général qui a été formé sous l’Ancien Régime, et il est, en tant que tel, extrêmement rétrograde. Il faut quand même rappeler aussi que l’armement n’a fait aucun progrès pendant la période napoléonienne, il a refusé des grandes inventions, le sous-marin Fulton, est un exemple commun, disons entre la France et le Royaume-Uni qui est quand même quelque chose d’assez intéressant, et moi cet homme me passionne parce qu’il a des qualités gigantesques et il a des défauts à la hauteur de ses qualités, quoi.

Bien disons, quand on parle de la Révolution on parle tout de suite des droits de l’homme, etc., mais il faut dire aussi que notre pauvre Révolution a baigné dans le sang. Et la Vendée a payé chèrement le prix, j’allais dire, de sa liberté.

Après la révolution mais avant l’arrivée au pouvoir de Napoléon, 200 000 personnes sont mortes dans la répression d’une rébellion des royalistes en Vendée. Et le respect que Bonaparte suscite aujourd’hui dans la région est dû à la finesse qu’il a employée pour gérer la suite de cette guerre civile sanglante, en commençant par la restauration de la liberté de culte:

Tout simplement le Concordat qui a permis aux gens de pouvoir retourner dans leurs églises ou de pouvoir prier le dieu qu’il souhaitait avoir. D’autre part, les saignées qu’il y avait eu dans la population à cause des guerres de la Révolution, ces guerres de Vendée, ont fait des trouées énormes dans les villages donc il leur a permis d’échapper à la conscription, pendant un certain temps, ce qui n’a pas empêché beaucoup de Vendéens de se porter volontaires pour les armées de Napoléon, donc on en trouve de nombreux qui ont fait toutes les campagnes, même des fils de nobles ou de bourgeois, qui se sont engagés. Ce qui fait qu’en pacifiant cette Vendée, en créant La Roche-sur-Yon, Napoléon-Vendée et tout ça, ça a apaisé les choses. Même si les blessures et les cicatrices sont restées, la paix est revenue tout doucement. Les anciens Bleus, qui quand même étaient des gens, aussi des Vendéens, pour la plupart, et puis des Blancs, eh bien ils se sont réconciliés et ont recommencé à travailler ensemble, à vivre ensemble et les haines se sont apaisées. Et en 1815 quand les Anglais ont souhaité refaire un second front en Vendée, eh bien, ça n’a pas marché, il y a eu quelques bandes qui se sont créées, vite réprimées, mais l’ensemble aspirait à la paix, n’avait pas envie de recommencer à s’entretuer comme auparavant. On le doit en grande partie à Napoléon. Le fait de restaurer les églises, reconstruire les villages, a rapporté la paix dans cette région de France, a contribué à faire, peut-être pas aimer Napoléon, mais apprécier Napoléon par rapport aux grands dignitaires de la Révolution.

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